« Tout se meut dans l’arbre universel de la vie » - Jacob Böhme

mercredi 27 janvier 2010
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Bienveillant lecteur, je compare toute la philosophie, l’astrologie  , la théologie, en y joignant la source d’où elles dérivent, à un bel arbre qui croît dans un superbe jardin de délices. [ ...] Le jardin où est cet arbre signifie le monde ; le terrain, la nature ; le tronc de l’arbre, les étoiles ; les branches, les éléments ; les fruits qui croissent de cet arbre, les hommes ; le suc dans l’arbre, la pure divinité. Or, les hommes sont formés de la nature, des étoiles et des éléments. Mais Dieu le Créateur domine dans toutes ces choses, comme le suc dans la totalité de l’arbre. Or, la nature a en soi deux qualités, et cela jusqu’au jugement de Dieu : l’une aimable, céleste et sainte, et l’autre âpre, infernale et dévorante. [ ...] Si l’homme élève son esprit vers la divinité, aussitôt l’Esprit-Saint perce et opère en lui ; mais s’il laisse descendre son esprit dans ce monde et le livre à l’empire du mal, alors le démon et le suc infernal s’insinuent en lui et le dominent. [...] Le mal et le bien existent, fer¬mentent et dominent dans l’homme, ainsi qu’ils le font dans la nature. Mais l’homme est l’enfant de Dieu, qui l’a formé de la base la plus parfaite de la nature, afin qu’il dominât sur le bien, et qu’il soumît le mal. [...] De même que la qualité bonne qui vient de Dieu [...] est revêtue de pouvoir dans la nature pour vaincre la qualité mauvaise ; de même aussi la qualité colérique a dans les âmes corrompues le pouvoir de triompher. Car le démon est un puissant dominateur dans la colère, et il en est l’éternel prince. Or, l’homme s’est jeté dans la qualité colérique par la chute d’Adam et d’Ève, ce qui fait que le mal est attaché à lui ; autrement son impulsion serait toute dans le bien, mais maintenant il est entre l’un et l’autre. [...] C’est pourquoi l’âme ne peut arriver à aucune connaissance parfaite avant la fin de cette vie.
Là, alors, les ténèbres et la lumière se séparent. La colère se détruit avec le corps dans la terre, et l’âme voit clairement et complètement dans Dieu son père. Mais lorsque l’âme est enflammée par l’Esprit-Saint, elle sent comme un grand feu qui s’élève : elle éprouve dans son corps un tressaillement qui se communique jusqu’à son cœur et à ses reins. Rien n’approche cependant là des grandes et profondes connaissances qui sont dans Dieu son père ; mais c’est l’amour qu’elle a pour Dieu son père, qui triomphe ainsi dans le feu de l’Esprit-Saint. Or, la connaissance de Dieu est semée dans le feu de l’Es¬prit-Saint. D’abord petite comme un grain de sènevé selon la comparaison du Christ (Mt 13), elle devient ensuite grande comme un arbre et s’étend jusque dans Dieu, son créateur. [...] Toutefois le passé, le présent et l’avenir, aussi bien que ce qui est étendu, profond, haut, proche, éloigné, tout cela dans la divinité n’est qu’une même chose et qu’un seul aperçu. Et l’âme sainte de l’homme jouit aussi du même avantage ; mais seulement par portions, tant qu’elle est dans ce monde. [...].
C’est de cette manière et dans une pareille lumière de l’Esprit que je veux dans ce livre traiter de Dieu notre père, qui embrasse tout, et qui lui-même est tout. J’exposerai comment tout se meut et se conduit dans l’arbre universel de la vie. Vous verrez ici la véritable base de la divinité ; comment il n’y avait qu’une seule essence avant la formation du monde ; comment et d’où les saints anges ont été produits ; quelle est l’effroyable chute de Lucifer et de ses légions ; d’où sont provenus les cieux, la terre, les étoiles et les éléments ; et dans la terre, les métaux, les pierres et toutes les créatures ; quelle est la génération de la vie, et la corporisation de toutes choses ; quel est le vrai ciel où Dieu réside avec ses saints ; ce que c’est que la colère de Dieu et le feu infernal, et comment tout est devenu inflammable. En bref, ce que c’est que l’être de tous les êtres.
Les sept premiers chapitres traitent, d’une manière simple et compréhensible, de l’essence de Dieu et des anges. On y emploie des comparaisons afin que le lecteur puisse, en passant d’un objet à l’autre, arriver finalement au sens profond [ ...]. Dans le huitième chapitre, on commence à s’enfoncer davantage dans les profondeurs de l’être divin, et ainsi de plus en plus à mesure que l’on avance. Les mêmes objets reparaissent souvent et sont toujours plus approfondis [...]. Mais ce que vous ne trouverez pas suffisamment éclairci dans ce livre le sera davantage dans le second et le troisième. Car, par une suite de notre corruption, nos connaissances ne viennent que peu à peu, et n’obtiennent pas sur le champ leur complément.

Jacob Böhme  , L’Aurore naissante, ou la racine de la philosophie, de l’astrologie   et de la théologie, Trad. Louis-Claude de Saint-Martin  , Arché, 1977


L’ésotérisme : kabbale, franc-maçonnerie, soufisme