« Tous les rois de la chrétienté doivent être soumis au pape » - Saint Thomas d’Aquin

mardi 2 novembre 2010
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De regno, I, II

La royauté est le meilleur régime en raison de l’unité. L’intention de tout gouvernant doit tendre à procurer le salut   de ce qu’il a entrepris de gouverner. Car il appartient au pilote en protégeant son navire des périls de la mer de le conduire indemne à bon port. Or le bien et le salut   d’une multitude assemblée en société est dans la conservation de son unité, qu’on appelle paix ; si celle-ci dis¬paraît, l’utilité de la vie sociale est abolie, bien plus, une multitude en dissension est insupportable à soi-même. Tel est donc le but auquel celui qui dirige (rector) la multitude doit le plus viser : procurer l’unité de la paix. C’est à tort qu’il délibérerait s’il doit apporter la paix à la multitude qui lui est soumise, comme le médecin n’a pas à se demander s’il doit guérir le malade qui lui est confié. Nul en effet ne doit délibérer de la fin à laquelle il doit tendre, mais des moyens qui conduisent à cette fin. [...]
Un gouvernement sera donc d’autant plus utile qu’il sera plus efficace pour conserver l’unité de la paix. Car nous appelons plus utile ce qui amène mieux à la fin.
Mais il est manifeste que ce qui par soi est un, peut mieux réaliser l’unité que ce qui est multiple. Le gouvernement d’un seul est donc plus utile que celui de plusieurs.
En outre, il est manifeste que plusieurs hommes ne maintiennent d’aucune façon une multitude, s’ils sont en désaccord sur tout. Une certaine union est requise d’un groupe de gouvernants pour qu’ils puissent gouverner en quelque mesure tout comme plusieurs matelots ne tireraient pas le navire dans une même direction s’ils n’étaient unis en quelque manière. Or, plusieurs choses sont dites être unies en ce qu’elles se rapprochent de ce qui est un. Un seul donc gouverne mieux que plusieurs, ceux-ci ne faisant que s’approcher de ce qui est un.

Saint Thomas d’Aquin, De regno, I, II

De regno, II, XIV

Tant qu’il est dans cette vie mortelle, il y a pour l’homme un certain bien qu’il ne possède pas encore, à savoir l’ultime béatitude, qu’il attend après la mort dans la fruition de Dieu.
Si la fin ultime, soit de l’homme seul, soit de la multitude, était corporelle, si c’était la vie et la santé du corps, elle regarderait la fonction du médecin. Si cette fin ultime était l’affluence des richesses, l’économe serait une sorte de roi de la multitude. [...] Or il apparaît que la fin ultime d’une multitude rassemblée en société est de vivre selon la vertu. En effet, si les hommes s’assemblent c’est pour mener ensemble une vie bonne, ce à quoi chacun vivant isolément ne pourrait parvenir. Or une vie bonne est une vie selon la vertu ; la vie vertueuse est donc la fin du rassemblement des hommes en société.
Le signe en est dans le fait que ceux-là seuls sont parties de la multitude rassemblée en société, qui communient les uns avec les autres dans une vie bonne. En effet, si les hommes se rassemblaient pour le seul vivre, les animaux et les esclaves seraient une des parties de la société civile. Si c’était pour acquérir des richesses, tous ceux qui négocient ensemble se rattacheraient à une seule cité.
[...] La fin ultime de la multitude rassemblée en société n’est pas seulement de vivre selon la vertu, mais, par la vertu, de parvenir à la fruition de Dieu.
[...] Mais puisque l’homme n’atteint pas sa fin, qui est la fruition de Dieu, par une vertu humaine, mais par une vertu divine, [...] conduire à cette fin n’appartiendra pas à un gouvernement humain, mais à un gouvernement divin. Un gouvernement de ce genre revient donc à ce roi, qui est non seulement homme, mais encore Dieu, c’est-à-dire à Notre Seigneur Jésus-Christ, qui, en faisant les hommes fils de Dieu, les a introduits dans la gloire   céleste.
Le ministère de ce royaume, afin que le spirituel soit distingué du temporel, est confié non aux rois terrestres mais aux prêtres  , et principalement au Grand-Prêtre, successeur de Pierre, Vicaire du Christ, le Pontife Romain, auquel tous les rois de la Chrétienté doivent être sou¬mis comme à Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même.
Car à celui à qui revient la charge de la fin ultime, doivent être soumis ceux qui ont la charge des fins antécédentes, et ils doivent être dirigés par son autorité.

Saint Thomas d’Aquin, De regno, II, XIV


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