République et démocratie

vendredi 4 août 2017
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Transcription d’un documentaire sur la chaîne U-Tube de #DATAGUEULE

 Démocratie

« La France n’est point et ne peut être une démocratie »

Emmanuel Joseph Sieyes, député du tiers-état, figure essentielle de la Révolution française. Nous sommes le 7 septembre 1789 et celui que l’on nomme l’abbé Sieyes prononce ces mots à l’assemblée nationale née trois mois plus tôt.

« J’ai toujours été pour une République libre, pas une démocratie qui est un gouvernement arbitraire, tyrannique, sanglant, cruel et intolérable »

John Adams, l’un des pères fondateurs des États-Unis d’Amérique dont il a été le deuxième président.

 On ne parlait donc pas de démocratie pendant ces grandes révolutions ?

Ce gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ? On en parlait assez peu. Lois, liberté, nation, constitution étaient les mots vedettes dans les textes de la Révolution française. Ce n’est que loin derrière qu’arrive le terme de démocratie après celui de représentant et souveraineté. Quand on utilise le mot « démocratie », c’est en guise d’épouvantail. Dans l’arène politique de l’époque, être qualifié de démocrate est clairement une insulte. Sieyes agite le risque d’une démocratie populaire

« avec ses mouvements tumultueux et incertains ».

L’américain Elbridge Gerry, l’une des plumes ayant rédigé la déclaration d’indépendance s’enflamme :

« Les malédictions que nous expérimentons découlent des excès de la démocratie »

Il faut donc imaginer un système qui protège la société d’elle-même.
Éviter à tout prix cette dangereuse démocratie. L’exemple d’Athènes était bien connu des penseurs politiques de nos chères révolutions mais il était hors de question d’utiliser le tirage au sort. C’était bon pour les grecs, élisons plutôt des représentants. Voilà l’option qui l’emporte. Bienvenue en aristocratie. Montesquieu l’écrit clairement dans « L’esprit des lois » :

« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est celle de l’aristocratie. »

Placer les élections au cœur de ces républiques fraîchement nées, c’est acter qu’il existe une élite bien plus capable de la chose politique que les autres. Cela tombe bien puisque c’est cette même élite qui a choisi ce mode d’organisation.

 D’où vient cette étrange idée d’une assemblée représentant le peuple ?

Cela vient du Moyen-Age. Les premiers états généraux ont été convoqué en 1302 par Philippe le Bel, roi de France. Clergé, noblesse et tiers-état s’y retrouvent réunis dans un but bien précis : celui de légitimer le roi face au pape Boniface VIII. L’illusion d’une représentation nationale est là mais déjà, il n’y a aucune trace de démocratie. Quelques siècles plus tard, à l’aube de la révolution Sieyes fait cette remarque :

« Il ne s’agit parmi nous que de commerce, d’agriculture, de fabriques, etc. Le désir de richesse semble ne faire de tous les états de l’Europe que de vastes ateliers »

Pour Sieyes, le peuple souhaite avant tout s’occuper de ses biens privés. La liberté de l’époque c’est participer à la société commerçante. Le gouvernement représentatif est la solution. Le peuple délègue ainsi la gestion des affaires publiques à ses représentants et peut s’occuper de ses affaires privées : la vision du travail appliquée en politique en quelque sorte.

 Comment en est on venu à sacraliser le principe démocratique ?

Alors que la démocratie était encore une insulte, certains en ont fait un argument de campagne électorale. En 1829, Andrew Jackson est élu 7è président des États-Unis en étant le premier à se proclamer démocrate. Il se présente ainsi comme le candidat des petites gens face aux élites, récoltant du coup las voix des classes populaires. Quinze ans plus tard, tous les autres candidats auront fait de même. Jackson amène le parti qui le soutient à changer de nom. Ainsi le parti républicain devient le parti démocrate. . C’est du marketing politique avant l’heure.

Dans un contexte social différent, les pères fondateurs de nos républiques étaient ouvertement opposés à la démocratie comme régime politique. Cela n’enlève rien à leurs intentions sincères : liberté, égalité, justice. Ce sont d’ailleurs ces élites qui ont écrit ces textes fondamentaux comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en France et le « Bill of rights » américain - Étonnante complexité.

 Aujourd’hui

Aujourd’hui, le mot démocratie s’est perdu. Il ne désigne plus un système politique mais un agrégat d’idéaux dont chacun peut se réclamer. Ce mot devenu sacré est intouchable. Ne pas se proclamer démocrate est un suicide politique. Affirmer que nous ne sommes pas en démocratie est un crime de lèse-majesté.
Comment réfléchir à des alternatives si l’on ne peut déconstruire le système en place ? Il va falloir sortir de cette impasse pour construire une véritable démocratie.


#DATAGUEULE