« La foi suppose et perfectionne la raison » - Saint Thomas d’Aquin

mardi 2 novembre 2010
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Le Verbe du Père éternel, embrassant toutes choses en son immensité, afin de rétablir l’homme, amoindri par le péché, en la grandeur de la gloire   divine, voulut se faire petit en assumant notre petitesse sans abandon de sa majesté. Et pour que personne ne trouve excuse de ne pas devoir acquérir l’enseignement de la divine parole qu’il avait transmise abondamment et clairement à l’intention des studieux en divers livres de la Sainte Écriture, pour ceux qui étaient trop occupés, il enferma la doctrine du salut   de l’homme sous un court résumé : [...] la foi, l’espérance et la charité.

Saint Thomas d’Aquin, résumé de la Foi chrétienne (Compendium theologiae), Préambule

Article 3 : Est-il nécessaire au salut   de croire quelque chose qui dépasse la raison naturelle ? Réponse : [...] Dans la création, la nature raisonnable seule est immédiatement ordonnée à Dieu. Car les autres créatures n’atteignent pas à un effet universel, mais uniquement à un effet particulier ; elles participent de la perfection de Dieu soit par le seul fait d’exister, comme les êtres inanimés, soit en outre par celui de vivre et de connaître les singuliers comme font les plantes et les animaux. La nature raisonnable au contraire, en tant qu’elle connaît la raison universelle de bien et d’être, se trouve ordonnée immédiatement au principe universel de l’existence. La perfection de la créature douée de raison consiste donc, non pas seulement en ce qui convient à cette créature selon sa nature, mais aussi en ce qui lui est accordé par une certaine perfection surnaturelle venant de la bonté divine. Aussi avons-nous dit plus haut que l’ultime béatitude de l’homme consiste dans une vision surnaturelle de Dieu. A cette vision il est sûr que l’homme ne peut parvenir s’il ne se met à apprendre à l’école même de Dieu, selon ce texte en S. Jean (6, 45) : « Quiconque prête l’oreille au Père et a reçu son enseignement vient à moi. » L’homme n’entre pas tout d’un coup dans cet enseignement, mais progressivement, selon le mode de sa nature. Quiconque se met à apprendre ainsi doit nécessairement commencer par croire, pour se trouver en état de parvenir à la science parfaite ; le Philosophe [Aristote] le dit : « Si l’on veut apprendre il faut croire. » De là vient que, pour être en état de parvenir à la vision parfaite de la béatitude, l’homme doit auparavant croire Dieu, comme un disciple croit le maître qui l’enseigne. [...] Parce que la nature humaine dépend d’une nature supérieure, la connaissance naturelle ne suffit pas à notre perfection, on vient de le dire.
Article 4 : Est-il nécessaire de croire ce que peut atteindre la raison naturelle ?
Réponse : Il est nécessaire à l’homme de recevoir par la foi, non seulement des vérités qui dépassent la raison, mais aussi des vérités connaissables par la raison. Et ceci pour trois motifs.
1° Afin que l’homme parvienne plus vite à la connaissance de la vérité divine. Car la science à laquelle il appartient de prouver que Dieu existe, et d’autres choses du même genre au sujet de Dieu, est proposée aux hommes en der¬nier lieu. Ainsi ce serait seulement très tard dans sa vie que l’homme parviendrait à la connaissance de Dieu.
2° Afin que la connaissance de Dieu soit plus répandue. Beaucoup en effet ne peuvent progresser dans l’étude de la science, soit parce qu’ils ont l’esprit lent, soit parce qu’ils sont pris par les nécessités de la vie temporelle, soit encore parce qu’ils n’ont pas le désir de s’instruire. Ces gens seraient entièrement privés de la connaissance de Dieu si les choses divines ne leur étaient proposées par mode de foi.
3° Pour avoir la certitude. La raison humaine est en effet très insuffisante en matière de réalités divines ; il y a de cela un indice dans le fait que les philosophes qui ont scruté les réalités humaines par une recherche rationnelle se sont trompés sur beaucoup de points et ont eu des opinions opposées. Donc pour qu’il y ait parmi les hommes une connaissance sur Dieu qui soit indubitable et certaine, il fallait que les réalités divines leur soient transmises par mode de foi, comme étant dites par Dieu qui ne peut mentir.

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIA IIAE, Question 2


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