XVI/ Le dépassement du travail.

28 Jan 2026 | 0 commentaires

Contrairement à la lutte d’intérêts catégoriels qui reste prisonnière de la logique du système, la rupture avec les catégories du travailTravail Pour le courant de la critique de la valeur, Il ne faut surtout pas entendre le travail ici comme l'activité, valable à toute époque, d'interaction entre l'homme et la nature, comme l'activité en générale. Non, le travail est ici entendu comme l'activité spécifiquement capitaliste qui est automédiatisante, c'est à dire que le travail existe pour le travail et non plus pour un but extérieur comme la satisfaction d'un besoin par exemple. Dans le capitalisme le travail est à la fois concret et abstrait. Source: Lexique marxien progressif ne peut pas compter sur un camp social tout fait et objectivement déterminé. Elle rompt avec les faux impératifs d’une “ seconde nature “ : son exécution ne sera donc pas quasi automatique, mais une “ conscience “ négatrice – un refus et une révolte sans l’appui d’une quelconque “ loi de l’histoire . Le point de départ de cette rupture ne peut pas être un nouveau principe abstraitement universel, mais seulement le dégoût qu’éprouve l’individu face à sa propre existence en tant que sujet de travail et face à la concurrence, ainsi que le refus catégorique de devoir continuer à survivre ainsi à un niveau toujours plus misérable.

Malgré sa suprématie absolue, le travail n’est jamais parvenu à effacer tout à fait la répulsion à l’égard des contraintes qu’il impose. À côté de tous les fondamentalismes régressifs et de toute la folie concurrentielle engendrée par la sélection sociale, il existe aussi un potentiel de protestation et de résistance. Le malaise dans le capitalisme existe massivement, mais il est refoulé dans la clandestinité socio-psychique, où il n’est pas sollicité. C’est pourquoi il faut créer un nouvel espace intellectuel libre où l’on puisse penser l’impensable. Il faut briser le monopole de l’interprétation du monde détenu par le camp du travail. La critique théorique du travail joue ici le rôle d’un catalyseur. Elle doit combattre de manière frontale les interdits de pensée dominants et énoncer aussi ouvertement que clairement ce que personne n’ose savoir, mais que beaucoup ressentent : la société de travail est arrivée à sa fin ultime. Et il n’y a aucune raison de regretter son trépas.

Seule une critique du travail, nettement formulée et accompagnée du débat théorique nécessaire, peut créer ce nouveau contre-espace public, condition indispensable pour que se constitue un mouvement social pratique contre le travail. Les querelles internes du camp du travail se sont épuisées et deviennent toujours plus absurdes. Il est d’autant plus urgent de redéfinir les lignes de conflit social sur lesquelles peut se sceller un pacte contre le travail.

Il s’agit donc d’esquisser les objectifs qui sont possibles pour un monde qui aille au-delà du travail. Le programme contre le travail ne se nourrit pas d’un corpus de principes positifs, mais de la force de la négation. Si, pour les hommes, l’instauration du travail est allée de pair avec une vaste expropriation des conditions de leur propre vie, alors la négation de la société de travail ne peut reposer que sur la réappropriation par les hommes de leur lien social à un niveau historique plus élevé. Les ennemis du travail aspireront donc à la formation de fédérations mondiales d’individus librement associés qui arracheront à la machine du travail et de la valorisation tournant à vide les moyens d’existence et de production et en prendront les commandes. Seule la lutte contre la monopolisation de toutes les ressources sociales et des potentiels de richesse par les puissances aliénantes du marché et de l’État permet de conquérir les espaces sociaux de l’émancipation.

Cela implique aussi de combattre la propriété privée d’une manière nouvelle. Jusqu’à présent, la gauche ne considérait pas la propriété privée comme la forme juridique du système de production marchande, mais uniquement comme le mystérieux pouvoir subjectif que les capitalistes auraient de “ disposer “ des ressources. Ainsi a pu naître l’idée absurde de vouloir dépasser la propriété privée sur le terrain même de la production marchande. En général, la propriété d’État (“ nationalisation „) apparaissait donc comme le contraire de la propriété privée. Mais l’État n’est que la communauté coercitive extérieure ou l’universalité abstraite des producteurs de marchandises socialement atomisés. Et par conséquent la propriété d’État n’est qu’une forme dérivée de propriété privée peu importe qu’elle soit affublée ou non de l’adjectif “ socialiste „.

Avec la crise de la société de travail, la propriété privée devient aussi obsolète que la propriété d’État, car ces deux formes de propriété présupposent le procès de valorisation. Voilà pourquoi les moyens matériels qui leur correspondent sont en friche et mis sous séquestre. Et les employés de l’État, des entreprises ou de l’appareil judiciaire veillent jalousement à ce que cela reste ainsi et que les moyens de production pourrissent plutôt que de servir à un autre but. La conquête des moyens de production par les associations libres contre la gestion coercitive de l’État et de l’appareil judiciaire ne peut donc avoir qu’une signification : les moyens de production ne seront plus mobilisés dans le cadre de la production marchande pour approvisionner des marchés anonymes.

La discussion directe, l’accord et la décision commune des membres de la société sur l’utilisation judicieuse des ressources remplaceront la production marchande, tandis que se réalisera l’identité socio-institutionnelle entre producteurs et consommateurs (impensable sous le joug de la fin en soi capitaliste). Les institutions aliénées du marché et de l’État seront remplacées par un réseau de conseils dans lequel, du quartier au monde entier, les associations libres détermineront le flux des ressources en fonction d’une raison sensible, sociale et écologique.

Fernand Léger – Les constructeurs – 1950


Ce ne sera plus la fin en soi du travail et de l’“ emploi “ qui déterminera la vie, mais l’organisation de l’utilisation judicieuse de possibilités communes, contrôlée par l’action sociale consciente et non par quelque “ main invisible “ automate. On s’appropriera la richesse produite directement en fonction des besoins et non de la “ solvabilité. En même temps que le travail disparaîtront ces universalités abstraites que sont l’argent et l’État. Les nations séparées seront remplacées par une société mondiale qui n’aura plus besoin de frontières : chaque homme pourra y circuler librement et solliciter partout l’hospitalité.

La critique du travail est une déclaration de guerre à l’ordre existant, elle ne vise pas à la création d’espaces “ protégés, de niches, coexistant pacifiquement avec l’ordre existant et ses contraintes. Le mot d’ordre de l’émancipation sociale ne peut être que : Prenons ce dont nous avons besoin ! Ne courbons plus l’échine sous le joug des marchés de l’emploi et de la gestion démocratique de la crise ! La condition en est que de nouvelles formes d’organisations sociales (associations libres, conseils) contrôlent les conditions de la reproduction à l’échelle de toute la société. Cette revendication distingue radicalement les ennemis du travail de tous les politiciens aménageurs de niches et de tous les esprits bornés qui visent un socialisme alternatif à la sauce rouge-verte.

La domination du travail divise l’individu. Elle sépare le sujet économique du citoyen, l’homme du travail de l’homme du temps libre, ce qui est abstraitement public de ce qui est abstraitement privé, la masculinité socialement instituée de la féminité socialement instituée, et elle place les individus isolés devant leur propre lien social comme devant quelque chose d’étranger qui les domine. Les ennemis du travail aspirent au dépassement de cette schizophrénie grâce à l’appropriation concrète du lien social par des hommes agissant de manière consciente et auto-réflexive.

Le “ travail “ est par nature l’activité asservie, inhumaine, asociale, déterminée par la propriété privée et créatrice de la propriété privée. Par conséquent l’abolition de la propriété privée ne devient une réalité que si on la conçoit comme abolition du “ travail „
Karl Marx, À propos de
Friedrich List, “ le Système national de l’économie politique
1845

Ça devrait vous plaire aussi :

«Votez Brouette! »

«Votez Brouette! »

le micro-parti ancré dans le centre du département du Morbihan. La sobriété, pour aller d’un monde en chantier vers un monde enchanté. Après avoir tenté la candidature d’une brouette à l’élection présidentielle, honteusement recalée en dépit des nombreux parrainages...

Un socialisme pour les temps nouveaux

Un socialisme pour les temps nouveaux

Une nouvelle pensée de l’émancipation implique une transformation morale radicale, tournant le dos à ce « divin marché » et ses ruses. Une transformation morale qui, cependant, n’est pas étrangère aux grandes traditions qui ont irrigué l’éducation depuis des millénaires. Si un parti nouveau devait naître – il n’est pas certain que cela soit souhaitable – sa première tâche serait de s’adresser à la conscience de nos concitoyens avant de faire des élections et chasser les postes à pourvoir.

L’Union Européenne, une chimère démocratique

L’Union Européenne, une chimère démocratique

Le discours européen porté par les partis institutionnels de droite ou de gauche est désespérant. Pour faire bonne figure, certains nous proposent une méthode pour la construction d’une autre Europe, c’est à dire de changer les règles du jeu en essayant de convaincre les 27 pays qui forment l’Union Européenne. En nous faisant croire qu’il est possible de transformer l’Union européenne de l’intérieur, on nous joue un très mauvais tour.

0 commentaires

Soumettre un commentaire