En guise d'éditorial : La biophobie tue par Pièces et main d’œuvre

Dans la foire aux phobies qui se disputent la compassion des badauds, la plus grave et la plus réelle, mais aussi la plus dissimulée, c’est la biophobie. Que la biophobie tue, tue vraiment en masse, des millions d’espèces et d’individus, chacun le sait. ll suffit de regarder autour de soi. Fort peu en tirent de conséquences.
La biophobie ne figure pas dans la liste de 213 phobies relevée ensuite, de « l’acarophobie », phobie des mites, à la « zélophobie », la peur de la jalousie. Mais la « transphobie » et l’« islamophobie », non plus. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas des phobies au sens convenu, juste des abus de langage.
Il est congru que les plus extrémistes des technocrates et les transhumanistes nous dénoncent, nous les écologistes et naturiens, comme « bioconservateurs », c’est-à-dire soucieux de conserver/préserver la vie. Et eux, qui se nomment « techno-progressistes », que veulent-ils ? – le progrès des technologies. Telle est la ligne de front qui sépare les humains d’origine animale des inhumains d’avenir machinal – des biophobes.
Tous les Hercules de foire s’empoignent au nom de leurs risibles « phobies » – tous plus « victimes » et « stigmatisés » les uns que les autres et appelant à la « convergence des luttes » contre leurs « phobies » respectives. Mais à la fin de la foire, seule la biophobie, la peur haineuse de la nature, les réunit, alors qu’ils devraient d’abord soigner la nature, la défendre et la sauver. Lorsqu’ils l’auront enfin vaincue, lorsqu’ils auront enfin triomphé, bientôt, dans leur guerre au vivant, il n’y aura plus ni hommes, ni femmes ni ambigüs, ni blancs, ni noirs ni métis, ni homos, ni hétéros ni bisexuels, ni humains, ni animaux ni végétaux ; plus rien que l’universalité des cadavres chantée par Zao l’Africain :
Quand viendra la guerre mondiaux
Tout le monde cadavéré (…)
Voir aussi: l’appel des chimpanzés du futur.

Les conséquences des dérives du monde moderne sur les abeilles par jean-Claude Guillaume 1/2

Les conséquences des dérives du monde moderne sur les abeilles par jean-Claude Guillaume 1/2

Nous savons tous que les abeilles sont en grand danger de disparition, or leur travail de butinage est de toute première importance pour notre avenir, et si cette catastrophe se poursuit, cela va perturber grandement le paysage et entre autres, la production de fruits et de légumes.
Les causes de cette disparition qui sont évoquées le plus souvent, sont les maladies, les parasites (le varroa), le frelon asiatique (prédateur redoutable venu de Chine) et les pesticides.
Nous allons voir que cette liste manque de précisions et est malheureusement incomplète.
Concernant les maladies, elles sont apparues voilà une bonne centaine d’années avec la modernisation du travail d’apiculteur. Nos ruches de pailles dans lesquelles les abeilles vivaient selon leur mode de vie naturel, ce qui est toute leur force, ont été progressivement remplacées par des ruches spécialement conçues pour exploiter l’abeille et pour en tirer un maximum de rentabilité et de profit (Miel bien sûr, mais également pollen, propolis et gelée royale). Et nous sommes passés d’une apiculture relativement primaire et paysanne, à une apiculture d’exploitation moderne. Ceci en abandonnant, nos bonnes vieilles ruches de paille ou d’osier dans lesquelles les abeilles travaillaient selon leur mode de vie naturelle et sauvage, ceci pour utiliser des ruches équipées de cadres en vue de cette exploitation.

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Pourquoi il faut supprimer les partis politiques par Simone Weil

Pourquoi il faut supprimer les partis politiques par Simone Weil

Simone Weil, philosophe française née en 1904, n’avait pas beaucoup de sympathie pour les partis politiques. Simon Weil va même plus loin que cela puisqu’elle était pour la suppression des partis politiques, position qu’elle a exprimée dans un petit texte intitulé « Note pour la suppression générale des partis politiques » paru en 1950 dont il est question dans cet article.

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L’importance actuelle de la Colonne de Fer dans la mémoire de la révolution espagnole par Miguel Amorós

L’importance actuelle de la Colonne de Fer dans la mémoire de la révolution espagnole par Miguel Amorós

La guerre civile espagnole n’était pas une simple confrontation entre la « démocratie » et le « fascisme », comme le prétendent souvent les historiens progressistes, dont l’imaginaire exclut la lutte des classes. C’est avant tout une révolution ratée qui s’est déroulée dans un contexte international marqué par une formidable crise économique et la montée des totalitarismes. Elle s’est déroulée sur deux fronts, et là se situe cette caractéristique que l’on veut à tout prix cacher ou déformer : à l’avant-garde, contre les fascistes et les rebelles militaires, et à l’arrière, contre la révolution prolétarienne. Le 19 juillet 1936, la classe ouvrière s’est vue obligée de descendre dans les rues de nombreuses villes et villages espagnols pour affronter le coup d’État militaire, quasiment à mains nues. L’État espagnol amorphe s’est effondré du jour au lendemain.

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Demain l’empire ? par David Engels

Demain l’empire ? par David Engels

Postscriptum du livre de David Engels « Le déclin. La crise de l’Union Européenne et la chute de la république romaine – quelques analogies historiques » [2013], l’Artilleur 2021.
La symétrie entre le passé romain du Ier siècle av. J.-C. et notre situation contemporaine semblant d’une rigueur accablante, comment pourrait-on supposer que la suite de l’histoire européenne sera fondamentalement différente du cours qu’a pris le monde romain après la crise de la République ? Et même si les parallèles entre le XXI’ siècle européen et la fin de la République romaine n’étaient que le résultat d’un hasard de l’histoire, une analyse des similarités possibles entre l’Union européenne du futur et l’histoire romaine post-républicaine n’est pas dénuée d’intérêt, ne serait-ce qu’en tant qu’exemple des facteurs qui ont poussé la République romaine à devenir l’Empire.

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Qui est Big Brother ? George Orwell et la critique de la modernité par Robert Kurz

Qui est Big Brother ? George Orwell et la critique de la modernité par Robert Kurz

Robert Kurz expliquait en 2003 dans Qui est Big Brother ? George Orwell et la critique de la modernité, que le totalitarisme décrit par George Orwell dans son livre 1984 sous la figure de « Big Brother » s’est réalisé dans le règne de l’économie de marché, sous la forme d’une intériorisation de la logique du capital qui exige de chaque être humain qu’il s’opprime lui-même. La « Novlangue » économique néo-libérale comme « le bêlement assourdissant des brebis démocratiques » camouflent ce « lugubre pouvoir anonyme de la machine sociale du capital devenu rapport mondial total » qui viole les ressources naturelles et humaines.

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XIII/ La simulation de la société de travail par le capitalisme de casino.

XIII/ La simulation de la société de travail par le capitalisme de casino.

13ème chapitre du « Manifeste contre le travail ». En 1999, alors que déjà le mouvement alter-confusionniste néo-keynésien et son idéologie alter-capitaliste de défense des « services publics » déployait tout juste au lendemain du contre-sommet de Seattle, la léthargie croissante de son anticapitalisme tronqué contre le seul « capitalisme financier », la revue allemande « Krisis » fondée en 1986 par Robert Kurz, Norbert Trenkle, Ernst Lohoff, Roswitha Scholz et Peter Klein, décidait de synthétiser en un nouveau grand Manifeste ses réflexions théoriques en rupture avec l’ensemble des courants marxistes du XXe siècle et plus encore avec cette gauche néo-keynésienne, dans un livre à large diffusion : le fameux Manifeste contre le travail.
Palim Psao

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Sur le Web

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Critères de comparaison entre les principaux régimes totalitaires

Texte extrait du bulletin de « Le Crépuscule du XXe siècle », n°38-39, mai 2021. Voir l'article précédent : « Cités, Empires, Nations » (ils reposent sur le triptyque :… [...]

Les incoutournables de « Lieux Communs » des six derniers mois

Cette page contient une erreur : - Un bloc multi_colonnes a une balise de début [multi_colonnes] mais il lui manque une balise de fin [/multi_colonnes] Ci-dessous sont répertoriés les principaux… [...]

Les conditions du nouveau en philosophie

Séminaire du 18 janvier 1989, transcrit par Olivier Fressard. Publié dans Les cahiers critiques n°6, 2008. Un autre extrait de l'enseignement de C. Castoriadis à l'EHESS, de l'année universitaire 1988-1989,… [...]

Bibliographie détaillée, en français, de et sur Cornelius Castoriadis (09.01.2023)

Cette page contient une erreur : - Un bloc bloc_ombre a une balise de début [bloc_ombre] mais il lui manque une balise de fin [/bloc_ombre] Mise en ligne initiale le… [...]

Revues de presse - Archives 2023

Revue de presse de la semaine en cours disponible sur cette page Présentation de la revue de presse ici Revue de presse du 15.01 au 21.01.23 Prix de l'énergie :… [...]

Parution : "De la technocratie (la classe puissante à l'ère technologique)"

Nous publions ce 23 janvier 2023 un livre de Marius Blouin intitulé De la technocratie (la classe puissante à l'ère technologique). Editions Service compris, 500p., 25€. Jamais la classe technocratique,… [...]

Futura Gaïa : Les in(sou)tenables promesses de la FoodTech

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Face au monde-machine

Le site Floraisons a mis en ligne cet automne 2022 une série de 19 entretiens avec Pièces et main d'œuvre : https://floraisons.blog/face-au-monde-machine/ Cette série reste à la disposition de toute… [...]

Jean-Jacques Rousseau & Bernardin de Saint-Pierre - Notre Bibliothèque Verte n° 51 et 52

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Gravelines, Chooz, Plogoff, Golfech... Tu te souviens des luttes antinucléaires ?

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Vaincre ou mourir

Jean-Philippe Immarigeon est avocat et historien Voilà déjà presque un demi-siècle que les historiens se repenchent sur les Guerres de Vendée pour sortir de la doxa rad-soc de la IIIe… [...]

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Comment éviter une troisième guerre mondiale (éventuellement nucléaire)

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Retraites : Hic Rhodus, hic salta

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IRAN : MOHAREBEH !… OU LA RÉPRESSION SANGUINAIRE DES MOLLAHS

L’année 2023 a débuté en Iran par une vague de répression sanguinaire. Les mollahs, et en particulier le premier d’entre eux l’ayatollah Ali Khamenei, ont choisi d’écraser la révolution iranienne. Début… [...]

Grèves : France vs Royaume Uni

Le traitement par la presse des grèves est différent selon qu’elles se déroulent sur le sol britannique ou français. Dans un cas, le grève serait légitime, car ce serait la… [...]

Quatre responsables syndicaux s’expriment après la manifestation du 19 janvier

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19 janvier 2023 : un tournant vers une nouvelle séquence favorable au monde du travail ?

Manifestement, le champ des possibilités s’ouvre avec la mobilisation du 19 janvier. Bien sûr, « on ne peut pas faire bouillir les marmites de l’avenir » (Friedrich Engels), d’autant que plusieurs conditions manquent… [...]

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    • Éditorial : La cause de la radicalité, par Bruno Clémentin
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Le Monde diplomatique - Janvier 2023
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    • Groupe SOS, l’ogre qui dévore le monde associatif

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Brochure N° 27 de Lieux Communs: Pulsions d'empire

Il est dorénavant banal de constater que, partout, les apparences se fissurent, les certitudes s’effritent, les discours officiels vacillent. La somnolence routinière dans laquelle nous vivions en Occident depuis deux ou trois générations est troublée, secouée par l’irruption d’un monde inconnu à l’inquiétante étrangeté qui sourd comme une pulsion incoercible.

C’est un chaos qui monte, qui s’étend, un dérèglement généralisé où tout ce qui nous était familier s’effrite entre nos doigts. Les choses jusqu’ici évidentes ne le seront plus jamais, l’absurde, le délirant ou le terrifiant deviennent quotidiens, l’amnésie et le déni sont incorporés en réflexes de survie. Le présent angoisse, l’avenir s’estompe et, selon la formule des dissidents des totalitarismes, on ne sait même plus de quoi le passé sera fait.

L’hypothèse ici développée est que ce désordre s’inscrit dans une configuration millénaire que notre modernité n’avait que suspendue : l’univers impérial. Ce retour du monde de l’empire, si évident à l’échelle géopolitique où il prend diverses figures, opère également en Occident : c’est l’établissement d’un État a-national, arbitraire et surplombant, de com­mun­au­tés ethnico-religieuses en confront­ation permanente, de populations émiettées, exploitées et interchangeables. Monde de violences où les règles et le droit sont mouvants et différenciés, où les multiples racismes s’entrela­cent sous le règne d’idéologies omniprésentes rendant indiscerna­bles savoirs et croyances, dans une mer d’opportunisme et de corruption systématiques.

Les textes ici rassemblés cherchent à cerner ces transformations, dans les récents soubresauts de notre époque et sur diverses thématiques, faisant exploser les clivages modernes : Ainsi le mouvement des gilets jaunes n’est pas pensable avec les catégories du capitalisme, de luttes sociales ou de révolution ; l’écologie politique contemporaine dessine une planète dominée par une idéologie proto-totalitaire à la fois pacifiante et disciplinaire se réclamant de règles « naturelles » ; les dernières élections présidentielles ont congédié toutes les catégories de gauche, de droite ou de centre, et les références à la nation ou à l’internationalisme sont immanquablement biaisées ; le « wokisme » et l’obscurantisme s’imposent partout dissolvant les individus, les classes sociales ou l’habeas corpus dans des appartenances tribales, raciales, religieuses ou sexuelles.

Pour en savoir plus

Revue de presse

Le nouveau péché originel par Paul Ducay

L’Homme doit être repensé comme appartenant aux milieux naturels et surnaturels qui le voient naître et qui recoupent l’ensemble de ses dimensions constitutives, de la sensibilité corporelle à l’intellectualité spirituelle en passant par la rationalité psychique. Retrouver ce ternaire, c’est réapprendre à voir ce dont le Ciel et la Terre sont les symboles pour l’Homme qui les contemple, debout, mais jugé dans ses actions. L’Homme de Vitruve doit céder la place à L’Angelus de Millet. La crise écologique cessera lorsque l’homme, agenouillé sur la terre labourée, préférera envoyer son âme dans les cieux en brûlant de l’encens, plutôt que ses avions en brûlant du kérosène.

Paul Ducay

Dans le numéro 13 de la revue PHILITT: « Quel destin pour l’homme de demain ? »

PHILITT propose une réflexion sur les modes de vie contemporains. Quelles sont les nouvelles aliénations ? Que peut bien signifier renouer avec une supposée authenticité ? Comment comprendre cette volonté nouvelle de ralentir ? Allons-nous vers un retour à l’essentiel ou vers une société désincarnée où le relationnel est détruit ? Faut-il formuler une nouvelle définition de l’homme et de la culture ?

Le système technologique par Darren Allen

Il est frappant de constater, en discutant de ces questions, à quel point les contre-arguments sont similaires à ceux des adeptes d’une religion, car il s’agit bien d’une religion. Elle a ses grands prêtres et ses fanatiques, et elle a ses croyants ordinaires et ses laïcs déchus, mais indépendamment de la conscience que les individus ont de leur technophilie, tous sont intégrés dans le système qui la produit. Nous vivons au rythme de la machine, nous nous enveloppons dans ses boucliers, nous filtrons nos sens à travers elle et, si nous en sommes propriétaires ou gestionnaires, nous en tirons notre subsistance. Nous sommes déjà des cyborgs, notre intelligence est artificielle, notre réalité est déjà virtuelle. C’est pourquoi, même si un contemporain typique pourrait ne jamais avoir prononcé un mot pour le défendre, il s’opposera à l’idée que nous sommes prisonniers du système technologique, qu’il n’est pas réformable, qu’il n’est pas «neutre», qu’il a ses propres priorités, qu’il dirige le monde et qu’il détruit l’homme et la femme, exactement de la même manière que tous les croyants s’opposent au dévoilement de l’illusion dans laquelle ils vivent: par le silence, le ridicule, le sophisme, la peur et la violence.

Lettres du lac de Côme de Romano Guardini : le pressentiment de l’odieux panurgisme qui maintenant nous déshonore, par Gregory Mion.

La toute première impression, en lisant ces splendides et impressionnantes Lettres du lac de Côme de Romano Guardni, c’est de douter franchement de leur date de composition et de publication, tant elles paraissent avoir été rédigées hier, avant-hier tout au plus, et cela bien sûr en dépit même du fait que les horreurs massives de la Seconde Guerre mondiale ne pouvaient que démentir radicalement les espoirs affichés par l’auteur dans sa toute dernière lettre, assez étrange et comme contrainte, que nous évoquerons plus avant.
En tout cas, le préfacier a raison de noter que si «l’expérience nazie» est «si profondément liée au traumatisme de la guerre mondiale [qu’elle] reste un jalon essentiel», nous ne devons toutefois pas «occulter ce que, précisément, le petit livre de Guardini cherchait à pointer du doigt et dont la ligne directrice visait, bien au-delà de la trop visible barbarie montante, un point de non-retour à partir duquel la barbarie n’apparaîtrait plus comme la pure et simple négation de l’humanité mais se révélerait comme la conséquence logique d’un développement du phénomène humain déterminé par ses propres moyens d’autodétermination».

Pierre Fournier, « Terres libérées. Où ça ? »

« La Nature », nous ne savons pas du tout ce que c’est. Nous ne savons pas ce qui, dans nos comportements, est dicté par « la Nature » ou par des conditionnements dont l’hérédité culturelle a pu faire une seconde nature. Il est probable que nous ne pouvons pas le savoir, et que nous aurions tort de chercher à le savoir. Il vaut mieux essayer de recréer par tâtonnements, sans a priori, des conditions de vie telles que la Nature et la Culture puissent, en nous, cohabiter paisiblement, s’accorder.
Je n’écris pas ça pour juger sans connaître. Il n’est pas exclu, par exemple, que la sexualité de groupe soit, en fournissant à plus de deux adultes la satisfaction de l’instinct maternel et paternel offerte par un seul enfant, une incitation à la régulation des naissances, qui est aujourd’hui de première nécessité. Ni que cette forme de partage sans exclusive soit un préalable utile à la substitution d’une économie de partage à une économie d’échange, qui est bien le but final du mouvement communautaire. Mais – le récent rapport Simon semble le démontrer – l’évolution générale va dans l’autre sens, celui d’une affirmation du couple, et ceci au moment et dans la mesure où la jeunesse s’affranchit de la morale sexuelle bourgeoise. Sur ce plan comme sur beaucoup d’autres, la vague communautaire semble accuser un retard, enfoncer des portes que l’ensemble de la société a déjà franchies sans s’en apercevoir, à travers un processus naturel, de passage d’un compromis à un autre, celui dont les communards justement, dans leur enthousiasme épuré, ne voient pas assez la nécessité. Bref, le mouvement communautaire, jusqu’à aujourd’hui, semble s’être enlisé dans les marges par manque de réalisme, par goût des solutions toutes prêtes, par la fascination qu’exerce le modèle « contre-culturel » américain (nous sommes tous, dans le monde d’aujourd’hui, les provinciaux de l’Amérique).

Les amis de Barleby

Les deux grandes innovations du XXe siècle

La première a consisté dans le surgissement d’un régime totalitaire à partir de 1917 en Russie, dont l’analyse lucide demeure hors de portée de la plupart des héritiers de l’aspiration socialiste. Celle-ci, formulée dans les années 1840 comme un nouvel Évangile, s’est nécrosée au fur et à mesure de ses succès politico-militaires. Le processus a culminé dans l’établissement de régimes “soviétiques” sur un tiers des terres émergées pour produire un naufrage historique exceptionnel : ils prétendaient “sortir du capitalisme”, où ils n’étaient guère “entrés”(si tant est que cet “isme” de la théologie marxiste ait un sens) et passer aussitôt à un développement qualitatif nouveau. Ces régimes ont abouti à l’exact contraire des objectifs revendiqués en faisant bien pire que les sociétés qui ont donné naissance aux mécanismes capitalistes : ils furent les plus féroces exploiteurs et les plus terribles tueurs de masse d’ouvriers et de paysans. La plupart des totalitarismes, toujours plus ou moins concurrents, sont nés sur des substrats anthropologiques extra-occidentaux, et dans des aires historiques d’États impériaux à forte structuration bureaucratique. Seules l’Italie et l’Allemagne, terrains de nostalgie impériale dissonante avec leur nature d’État-nation, appartenaient à l’univers occidental, dont elles cherchaient à sortir. Ces deux dernières variantes ont été militairement vaincues et démantelées et ces pays ont tout naturellement retrouvé leur enracinement occidental.

La seconde innovation s’est cristallisée après 1945 sous la forme d’une société de consommation développée depuis les États-Unis où elle avait point dès les années 1920. Cette expansion, particulièrement inattendue dans l’Ancien Monde, a été perçue comme la première approximation effective d’une société d’abondance enfin advenue. Ces dispositifs ont gagné de proche en proche la plus grande partie de l’Occident (c’est-à-dire l’Amérique du nord et les nations européennes reposant sur un substrat catholique ou protestant). Elles ont également pris racine au Japon, en Corée du Sud et dans les pays de diaspora chinoise, toutes sous influence occidentale durant la guerre froide, cette troisième guerre mondiale auto-limitée. Les héritiers du mythe socialiste après avoir rechigné au développement keynésien, en déclarant qu’il allait détourner les ouvriers du “socialisme”, ont fait mine de le récupérer et de prétendre en être à l’origine. De fait, ils interprètent les mesures de pilotage de l’économie comme une idée qu’ils auraient toujours défendue, mais leur tendance simpliste vise crûment à accaparer l’argent où qu’il se trouve, en considérant qu’il y aura sans cesse des gisements de richesse à piller pour faire “tourner” une économie administrée. De fait, alors que les socialistes promettaient une société de rationnement et de pénurie, ils ont été littéralement débordés par cette société de consommation, dont les conditions de réalisation demeurent en général ignorées. Il se trouve, pour des raisons géologiques et historiques, que ces conditions s’affaiblissent aujourd’hui. L’accumulation des pollutions, la raréfaction visible des ressources minérales et énergétiques, l’oubli des conditions sociales et culturelles favorisant une capacité de travail acharné et une allocation de ressource efficace par un marché encadré, conjuguent leurs effets pour miner cet avènement exceptionnel.

Si les régimes totalitaires sont finalement apparus comme un enfer sur terre, les sociétés de consommation, surtout vues de loin, ont pris l’allure de paradis fascinants. Après le tournant chinois de 1976-1979, qui voit la mise au rancart des hallucinations maoïstes, puis l’effondrement soviétique de 1991, cette société de consommation en est venue à incarner une aspiration générale sur la planète, mais sous la forme simpliste d’une accumulation automatique de produits, dont on ne se demande jamais quelles en sont les contreparties.

Ces deux innovations du XXe siècle demeurent les deux repères fondamentaux de l’histoire en cours.

La sobriété pour sauver la planète ?

ResPublica

La sobriété est à la mode ; c’est même elle qui va permettre de lutter contre les dérèglements climatiques, permettre la réduction des rejets de gaz à effet de serre et arriver à la neutralité carbone en 2050. Le terme est utilisé aussi bien par le gouvernement, les grands patrons et banquiers, des universitaires, les partis politiques que par la plupart des associations et ONG se réclamant de l’écologie, de la lutte pour l’environnement, la biodiversité ou contre les dérèglements climatiques ainsi qu’une bonne partie de la presse qui s’en fait un vecteur zélé. Après la résilience, nous sommes devant un nouveau mot-valise qui semble nous offrir la solution aux crises produites par un système d’exploitation sans limites, mais qui, comme souvent, « noie le poisson », car les responsabilités y sont diluées, ni explicitées, ni hiérarchisées ; ce qui permet de gloser, de faire accroire que la solution est accessible sans jamais aborder le problème au fond et donc de maintenir le système de production capitaliste en place.

Aurélien Berlan, postface à « Du satori à la Silicon Valley » de Theodore Roszak

Depuis quelques années, dans un contexte où l’accélération du désastre socio-écologique relance la critique radicale, il réémerge en tant que fondateur de l’écopsychologie. Ce prisme-là peut toutefois induire en erreur sur la pensée de l’essayiste et historien californien, tant l’écopsychologie, telle qu’elle est vendue dans les rayons « développement personnel » des librairies, conduit à dépolitiser l’écologie et à nourrir le greenwashing ambiant, à rebours des intentions de celui qui a forgé le terme (3). Ce faisant, Roszak voulait souligner que l’impasse socio-écologique dans laquelle nous nous enfonçons était le symptôme d’une profonde aliénation psychique, liée au primat de la vision scientiste et technocratique du monde (ce qu’il appelle la « conscience objective (4) »). En sortir suppose donc de libérer l’écologie des griffes des gestionnaires du « système-Terre » pour en saisir la portée subversive sur les plans social, culturel et spirituel. À la manière du groupe français Survivre et vivre (5), Roszak défend une critique de la modernité industrielle qui, loin de se cantonner à la dénonciation de la quête de profit, inclut une critique de la technoscience et de sa conception étriquée de la rationalité. L’écologie doit prendre la forme d’une contre-culture (autre notion qu’il a sinon forgée, du moins contribué à diffuser), à la fois contre l’establishment conservateur et ses critiques progressistes – qu’il s’agisse de la gauche classique ou de la « nouvelle gauche ». Et c’est à ce titre qu’il suscite à nouveau de l’intérêt, à l’heure où les invitations à « déserter » la Grande Armée du Progrès industriel et à combattre sa politique de la Terre brûlée se multiplient comme dans les années 1960 et 1970.