Perceval le gallois
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Comment réaliser la justice sociale dans une conjoncture de crise systémique globale ( écologique, financière, économique, politique, sociale et culturelle ). L’humanité toute entière est concernée et cela doit nous amener à repenser la transition vers un monde postcroissant, posfossile et modifié par le climat.

La fonction démocratique d’un mouvement politique

Les associations, syndicats et partis se heurtent au problème de la prise de décisions efficace au sein d’un collectif tout en respectant le grand principe d’émancipation. Les organisations ( associations, syndicats, partis) sont le siège des principales atteintes à l’émancipation et à l’autonomie, qu’elles soient dotées de structures formelles hiérarchiques classiques, ou de structures informelles.

Article mis en ligne le 1er août 2018
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Une association est un groupement de personnes volontaires réunies autour d’un projet commun ou partageant des activités, mais sans chercher à réaliser de bénéfices. Elle peut avoir des buts très divers (sportif, défense des intérêts des membres, humanitaire, promotion d’idées ou d’œuvres…). La liberté d’association n’a été réellement acquise qu’avec la loi Waldeck-Rousseau du 1er juillet 1901 sur le contrat d’association.

Un syndicat est une association de personnes destinée à la défense de leurs intérêts professionnels communs. Les syndicats professionnels regroupent des personnes exerçant la même profession, des métiers similaires ou connexes, qui ont pour objet exclusif l’étude et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux tant collectifs qu’individuels des personnes mentionnées dans leurs statuts. Ils ont la capacité d’ester en justice.

Les partis politiques, enfin, sont des regroupements de citoyens et d’élus qui travaillent à proposer une vision du monde déterminée par des choix politiques. Acteurs du pluralisme politique, ils ont une fonction de représentation, proposent des lois et s’impliquent dans la gestion de la cité.

Au niveau des modes d’action, pour simplifier la catégorisation, les associations et les syndicats ont en commun de pouvoir agir par modes de pression, mais les associations le font davantage en agissant sur un terrain donné et en participant au débat public.

Les syndicats ont eux davantage un rôle socio-juridique en agissant en premier lieu pour la défense des droits des travailleurs.

Les partis politiques sont, pour la plupart, davantage investis dans le débat public et visent en premier lieu à obtenir le vote des citoyens pour pouvoir agir. Cependant des associations mais aussi des partis et des syndicats font de l’éducation populaire, qui vise à rendre lisibles aux yeux du plus grand nombre les rapports de domination, les antagonismes sociaux, les rouages de [1]

On peut reprocher de manière globale à l’ensemble de ces types d’organisation une propension trop forte à la verticalité, qui constitue un frein à un fonctionnement pleinement démocratique.

Plus spécifiquement, les principales limites des associations sont leur dépendance ou surtout leur refus aux subventions et leur manque de visibilité. Pour les syndicats, leur principal souci vient de leur faible nombre d’adhérents qui ne leur donnerait pas une légitimité suffisante. Ce sont les syndicats ouvriers qui sont plutôt visés par cette critique, alors que la représentativité contestable des syndicats patronaux est encore pire. Au niveau des partis politiques, on observe une trop forte tendance au carriérisme de la part de personnes déconnectées du réel. On observe également au sein de ceux-ci, au même titre qu’au sein des syndicats, une absence de renouvellement des cadres et des écarts trop forts entre les promesses et les réalisations. Beaucoup proposent le non-cumul des mandats pour y remédier et pour permettre aux plus jeunes d’accéder aux postes de responsabilité mais cela est-il suffisant ? Ne faudrait-il pas rechercher dans la structure même de ces institutions l’origine de leurs dysfonctionnement ?

Il conviendrait de donner plus de place pour les associations dans l’espace public ; un changement des pratiques au sein des syndicats qui en ferait davantage des forces de proposition que des forces d’opposition pour se conformer à la charte d’Amiens ; plus de lien avec le terrain au niveau des partis politiques ainsi qu’une meilleure écoute de leur part du peuple et des corps intermédiaires.

« Dans l’œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. »

Les syndicats peuvent défendre les intérêts particuliers d’un groupe ou avoir des revendications plus générales qui ont une incidence sur la vie quotidienne de l’ensemble de la population. Dans ce rôle, ils se doivent de créer des liens et de faire des propositions pour défendre les droits des groupes qu’ils représentent.

Les partis politiques ont pour vocation d’être amenés à gouverner la pays. Ils proposent un projet de gouvernement, projet commun autour duquel ils cherchent à créer un sentiment d’appartenance et qui correspond à une vision du monde qu’ils disent vouloir mettre en œuvre.
Ils souffrent cependant d’un décalage entre leur discours et la réalité, entre les promesses électorales et les politiques menées, ainsi que d’un problème de médiatisation, de personnalisation trop forte et d’une certaine tendance à l’opportunisme. Dans un débat démocratique il devrait être tenu compte des idées et des programmes avant tout.

Les associations permettent de rassembler, de créer des liens sociaux et de valeurs autour d’idées qui se déclinent en projets concrets. Elles sont à même de détecter des problématiques sociales et d’y répondre, pouvant ainsi être amenées à jouer un rôle d’expert dans le cadre de consultations.
Elles n’ont cependant pas, pour la plupart, de projet global pour la société, ni suffisamment de légitimité, leurs porte-paroles n’étant désignés que par leurs adhérents, ils ne peuvent pas revendiquer une représentation populaire au-delà de leur domaine.

Les partis et syndicats sont des instances représentatives, portées par une idéologie, correspondant à un certain engagement social. Ils portent leurs positions lors d’élections, mais aussi au travers de conflit et de luttes.
Ils trouvent leurs limites dans le fait que la légitimité de leur représentativité à l’égard de toute la population est tributaire du taux de participation aux élections. Le débat politique étant forcément clivant, les partis ne peuvent pas faire preuve d’ouverture au risque de trahir leur ligne programmatique. La logique de la constitution de la Vè République ne laisse pas la place pour s’exprimer à tous les pouvoirs politiques. En outre, elle favorise l’égocentrisme, le carriérisme, une personnification trop forte et une politique du « m’as-tu vu » marquée par une communication creuse. On remarque également des phénomènes de clientélisme et de corruption. Le fonctionnement pyramidal des institutions est excluant.

Les syndicats et les partis gagneraient à porter plus d’intérêt à l’égard du monde associatif. Il faudrait que les partis politiques et syndicats d’une part et associations d’autre part puisse échanger leurs points de vue.

La gouvernance est un leurre démocratique :

« Contrairement aux termes « démocratie » ou « politique » qu’elle tend à occulter, « gouvernance » ne définit rien nettement ni rigoureusement. La plasticité extrême du mot déjoue le sens, et cela semble être même son but. […] A cause de son flou, l’expression donne peu de prises à la discussion, vire à la dispute, tout en délivrant un message capital : elle est une politique « sans gouvernement », mondialement promue, que poursuivent un mode gestionnaire ou commercial des membres sociaux isolés représentants d’intérêts divers [2] ».

« La doctrine de gouvernance [3] préconise de flanquer l’État de membres dits de la « société civile » afin qu’ils l’investissent et interagissent avec lui tout en le dépassant. Ce grand recul historique constitue ce qu ‘elle a de neuf à offrir : « Ce qui est également nouveau, c’est le rôle des personnes et le fait de mettre l’accent sur les personnes plutôt que sur les états [4] »

Associations, partis politiques et syndicats sont trois endroits où devraient se produire de l’intérêt collectif. Ils sont cependant différents, chacun aurait donc son rôle propre mais, en fait, les domaines dévolus aux partis, syndicats et associations s’interpénètrent. Par exemple, les partis qui interviennent dans la rédaction du code du travail agissent bien dans sur un terrain syndical ; les positions défendues par des associations écologiques sur l’ énergie nucléaire ne rencontreront pas forcément l’approbation des syndicats de l’industrie nucléaire.

Les associations, syndicats et partis se heurtent au problème de la prise de décisions efficace au sein d’un collectif tout en respectant le grand principe d’émancipation. Les organisations ( associations, syndicats, partis) sont le siège des principales atteintes à l’émancipation et à l’autonomie, qu’elles soient dotées de structures formelles hiérarchiques classiques, ou de structures informelles.

Les structures hiérarchiques formelles classiques dans les entreprises portent atteinte aux libertés individuelles sous le couvert de liberté privée. Par leurs statuts à structure hiérarchique que les préfectures en France enjoignent d’adopter sans raison, « les associations, syndicats ou partis à vocation démocratique et socialiste qui auraient besoin d’hommes qui pensent librement sur tous les problèmes de la vie » [5] se privent d’une richesse intellectuelle et de capacités d’action importantes. Les structures de ces mouvements devraient être cohérentes avec les alternatives proposées pour sortir de l’impasse du système politique actuel et pour construire une véritable démocratie.

Les structures informelles, comme celles des mouvements anarchistes, autogestionnaires, des mouvements d’émancipation féminine, sont aussi à la fois le siège de dominations non-dites et d’inefficacité.

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L’intelligence collective pour féconder la gauche libertaire et donner corps à un convivialisme, par Michel Martin

Notes :

[1F. Lepage. Histoire d’une utopie émancipatrice - De l’éducation populaire à la domestication par la « culture », Le monde diplomatique, Mai 2009).

[2Deneault A. La Médiocratie / Gouvernance Lux éditeur,2016

[3op. Cit.

[4Commision on Global Governance, Our Global Neighbourhood, Oxford University Press,1995.

[5Adéodat Compère-Morel - 1872-1941 - Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’’Internationale ouvrière - 1912


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