Perceval le gallois
Prêtez-moi le coeur et l’oreille car la parole se perd si le coeur n’entend pas.

Comment réaliser la justice sociale dans une conjoncture de crise systémique globale ( écologique, financière, économique, politique, sociale et culturelle ). L’humanité toute entière est concernée et cela doit nous amener à repenser la transition vers un monde postcroissant, posfossile et modifié par le climat.

La réalité italienne, c’est aussi celle d’un capitalisme en pleine évolution

L’entreprise de la quatrième révolution industrielle.
Le programme économique de la Lega et du M5s ne font pas, ou, très peu référence aux questions économiques, à celle du travail ou aux inégalités sociales. C’est qu’ils s’accommodent assez bien du système capitaliste. Or ils vont être confrontés rapidement aux défis, non seulement de Bruxelles et du FMI, mais aussi de l’Assolombarda, syndicat patronal de l’industrie pour la Lombardie, le poids lourd du MEDEF italien, celui qui donne le "La" en matière de politique, d’économie, de travail et de social.

Article mis en ligne le 15 juillet 2018
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Je remercie Denis COLLIN de m’avoir autoriser à reproduire un extrait de l’article « Italie : révolution « fasciste » ? Offensive du capital ? ». Il s’agit d’une analyse de Danielle RIVA, parue dans Utopie Critique

Ce texte faisant référence à la situation italienne peut parfaitement être appliqué à la situation de l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Nous ne pourrons pas dire que nous nous y attendions pas..

Le FMI a consacré dans sa brochure annuelle peu avant l’élection italienne, un chapitre réservé à l’Italie dont le fond est toujours le même : consolidation budgétaire crédible et ambitieuse, et réduction de la dette publique à 60% du PIB dans les années 2020 (actuellement 132% du PIB). C’est-à-dire diviser les dépenses sociales etc., par deux !! :

« une coupe des dépenses primaires, un accroissement des investissements et une réduction de la pression fiscale sur le travail » et « un soutien aux plus vulnérables ».

Sans dire, comment soutenir les « plus vulnérables » dans ces conditions-là. La charité privée, comme aux États unis qui sélectionne les « bons » des « mauvais » pauvres ?
Cette politique de réduction des dépenses publiques ne s’adresse pas seulement à l’Italie mais à tous les pays européens et autres. Elle prétend faire face à un nouvel emballement possible de la finance internationale et au risque systémique qui pourrait à nouveau la toucher.

« Les risques à court terme pour la stabilité financière ont augmenté et les risques à moyen terme restent élevés. Les vulnérabilités financières qui se sont accumulées au cours des années de très faibles taux et volatilité pourraient casser la croissance ».

La Réserve Fédérale américaine vient de relever ses taux d’intérêts d’un quart de point, pour la deuxième fois dans l’année. Mais contrôle-t-elle l’activité spéculatrice de la finance ? Non, les paradis fiscaux ? Non. Une fiscalité, juste, imposée aux GAFA (Google, Appel, Facebook Amazone) selon leurs résultats dans chacun des pays où ils sont installés ? Surtout pas ! D’autant que Trump vient de réduire le taux d’imposition de ses entreprises à 21 %, permettant ainsi à l’Europe de lancer une politique identique. Etc., etc.

L’Assolombarda, le patronat industriel du Nord.
Si la note va être salée pour tout le monde et augmenter la précarité et la pauvreté, elle va donc l’être particulièrement pour l’Italie. L’Assolombarda, le poids lourd du patronat industriel du MEDEF italien, vient de dévoiler son plan pour les années à venir sous le titre « il futuro del lavoro » (le travail du futur).
Il annonce clairement la fin de l’entreprise fordiste et de son compromis social par une « ubérisation » à tous les étages de la société.
En effet dans ce rapport d’une soixantaine de pages, sous une avalanche de « concepts » très « In » tirés du marketing, l’Assolombarda présente ouvertement son analyse de la nouvelle phase de globalisation et de ses incidences sociales et politiques.
Grâce à une « une nouvelle phase de diffusion de nouvelles technologies, de l’internet capable de connecter au niveau international différentes filières internationales sans nécessité de présence physique », la vieille globalisation « qui se fondait sur les délocalisations pour réduire les coûts de production et des matières premières, est dépassée aujourd’hui par la création de chaînes de valeur qui permettent d’imaginer des processus productifs et distributifs globalisés »
C’est à dire

« une nouvelle relation entre aire urbaine, territoires et chaînes globales de production de valeur… La compétition ne se fait donc plus seulement entre les entreprises, mais entre territoires interconnectés. ».

La nouvelle « entreprise intégrée » redeviendra locale, tout en s’élargissant « à tout ce qui peut produire de la valeur : infrastructures physiques, digitales, écoles, universités qui fournissent les compétences, les pôles de compétences scientifiques et technologiques, les centres de recherches, les Institutions, les systèmes territoriaux de relations industriels, les compétences de proximité, jusqu’aux opérateurs de services ».

 La quatrième révolution industrielle, celle de « l’Open innovation », de « l’Open production », et du « learning organisation  », fondée sur la capacité des salariés à se former et à se remettre en cause continuellement pour suivre l’évolution d’une entreprise « dynamisée » par l’évolution de l’intelligence artificielle, va révolutionner la nature des entreprises, leurs rapports avec l’état, et le statut des salariés et des syndicats. 
 Une nouvelle refondation capitaliste de la société qui va avoir de lourdes incidences pour les citoyens italiens (somme pour l’ensemble des Européens, et ailleurs), dont on voyait poindre çà et là les prémices avec par exemple les différentes atteintes à la législation du travail. 
Bien sûr, l’Assolombarda prévoit une diminution des emplois répétitifs, automatisables :

« Mais aussi une croissance dans d’autres secteurs découlant de l’augmentation de la productivité ».

Mais ces nouvelles technologies se substituant aux métiers actuels vont « créer par ailleurs de nouvelles tâches et de nouveaux postes (..). Des tâches multiples, des flux d’informations constants, des relations avec l’extérieur, la redistribution et la diffusion de responsabilité, une dynamique de performance, voilà quelles seront les caractéristiques du secteur productif. ».
Les nouveaux cadres, par exemple, verront leurs fonctions bouleversées :

« ils exerceront de moins en moins des tâches de contrôle ou de direction » qui seront et sont déjà bien évidemment assurée par l’informatisation,mais « du leadership, du mentoring, de la motivation dans un climat de collaboration, de prises de décision. »

Cette révolution de l’entreprise va modifier avant tout les conditions d’emploi des salariés. Elle se donne comme objectif de :

  • Repenser : « le contrat à durée illimitée, le rendre plus flexible, et développer les Contrats de missions ».
  • Développer, par exemple «  l’employee sharing - modalité de travail par laquelle un groupe d’entreprises utilisent ensemble le même salarié et ses compétences mais sans en avoir la responsabilité », le « co-working  - modalité de travail dans un espace commun et partagé avec d’autres salariés qui n’appartiennent pas forcément à la même organisation », et le «  crowd-sourcing - développement collectif et collaboratif d’un projet entre particuliers et entreprises »,
  • Et d’aller vers le «  smart working ». Ce qui veut dire idéalement parlant, que chaque entreprise, département, et objectif de section, devra fonctionner selon ce type de principe S.M.A.R.T. :
  • Spécifique – cibler un domaine spécifique à améliorer.
  • Mesurable – quantifier ou au moins suggérer un indicateur de progrès.
  • Assignable – indiquez qui le fera.
  • Réaliste – indiquer quels résultats peuvent être atteints de façon réaliste, compte tenu des ressources disponibles.
  • Temps – le laps de temps qu’il faut pour que le résultat puisse être atteint » (wikipédia).

Par contre pas un mot pour les jeunes diplômés italiens qui fuient l’Italie. Mais la question de l’immigration économique est abordée. Aujourd’hui plus de 5 millions d’étrangers résident en Italie soit 8,3% de la population (dont 3,7 millions de non communautaires européens). Le patronat prévoit qu’en dix ans elle pourrait atteindre les 13,1% de la population et que dans les années 2050 cette population représenterait plus d’un italien sur quatre.
Les starts Up Californiennes et les « GAFA » ont lancé ce type d’organisation du travail, elle va donc se généraliser à l’ensemble du monde du travail. Elle a prouvé qu’elle pouvait engendrer des profits substantiels dans un temps plus rapide.
La Société 4.0

Ce qui se passe en Italie est déjà en œuvre en Europe, en Autriche ou dans la France de Macron. En effet on retrouve cet imaginaire-là dans la conception macronienne d’une société high tech de responsabilité individuelle à la Thatcher, ou à la John Rawls. Si tu es pauvre c’est que tu en es responsable. Tu « coûtes trop cher, trop de « pognon » [argent]…
C’est insupportable... La sortie du chômage doit passer par le travail » !! (Dixit Macron dans une déclaration récente tweetée sur les réseaux). Merci Monsieur le Président. C’est une telle évidence, mais quel travail, celui de la « vieille globalisation » en voie de disparition ? Celui de la 4ème révolution industrielle qui concerne avant tout les jeunes starts Up et leurs « travailleurs indépendants » ? Combien de postes de travail pour celle ou celui qui n’est pas passé par les écoles de haute performance ? Les soins à la personne dont les salariés ne sont pas reconnus avec leur salaire largement en dessous du Smic voire la moitié du Smic car ce sont souvent des emplois à mi-temps ?

La dématérialisation du processus de production de valeur, grâce aux nouvelles technologies de digitalisation, du Big Data, ouvre un nouveau paradigme pour la société capitaliste. Les salariés deviennent des « Collaborateurs de projet » dont les performances individuelles sont mises en compétition permanente, des « Entrepreneurs individuels » soi-disant autonomes, en fait des sous-traitants sans droits réels.

Plus besoin de légaliser un statut du salarié, le temps de travail d’un salarié, ou la localisation de son poste de travail. Ni nécessaire de définir les conditions de travail, la protection sociale collective comme la retraite, les indemnités pour maladies professionnelles, etc. Ce sera l’arbitraire le plus total, la disparition du statut salarial encadré.

L’école et l’université et L’État lui-même, vont devoir se transformer pour se plier aux objectifs économiques et politiques du patronat.
Le gouvernement Renzi avait commencé à faire « le ménage » dans le code du travail et la protection sociale pour préparer et accompagner les « réformes » qui ont divisé et affaibli encore plus les syndicats (comme Hollande et Macron qui ont été « accompagnés » par la CFDT).

On comprend mieux le rôle que va jouer le gouvernement Lega/M5s qui ne sont pas connus pour leur tolérance envers les syndicats : soutenir les « réformes » qui vont pousser de nombreux italiens vers une précarité encore plus grande, de manière plus ou moins autoritaire. 

Et là il y a un danger réel, celui d’un « fascisme 4.0 » qui pourrait réapparaître sous une forme brutale et violente.
La désespérance d’une grande partie de la population se heurtant à un changement violent de ses conditions d’existence, pourrait la conduire, s’il n’y a pas une réponse politique ne serait-ce que de justice sociale à ses problèmes, à la violence.

Manifestants de la Casa Pound

L’Italie a déjà connu les années de plomb (1960/1980). Mais cette fois-ci la violence ne viendra par de l’extrême gauche, mais elle pourrait être cristallisée par une organisation d’extrême droite qui est en attente au coin du bois et a le vent en poupe. La « Casa Pound  », une extrême droite violente, fasciste, révisionniste, pour la révolution nationale, qui a été créée à Rome en 2003, à partir du « Blocco studentesco » (Bloc étudiant) et du « Movimento social – flamma tricolore », genre nazi). Elle attire et recrute des jeunes en déshérence sociale et culturelle, dans les centres sociaux de quartiers qu’elle organise et qu’elle anime toujours, reprenant en cela ce qu’avait fait l’extrême gauche dans les années 1960. (« Fuori dal cerchio », viaggio nella destra radicale italianna, de Nicola Antolini, Eliot edizione, 2010).
Une alternative fasciste du 3ème millénaire, dans un contexte international de violences et de guerres.

C’est une refonte capitaliste totale du mode de vie que va imposer le patronat. Le patronat italien a le mérite de le préciser. Mais il n’est pas le seul. C’est un projet « En marche » en France, en Europe et ailleurs dans le monde.

Conclusions
Dans la vieille « globalisation » il y avait encore un pouvoir politique plus ou moins indépendant d’un capitalisme principalement industriel et familial, à chacun sa place, même si les liens étaient nombreux. Puis le capitalisme financier est venu peu à peu chahuter ces règles en privilégiant les comités anonymes de direction des entreprises mondialisées et tout ce qui venait conforter la rente. Aujourd’hui ce sont les groupes d’investissements qui ont légitimé l’économie casino et le « cash power », la plus haute rentabilité financière sur le plus court terme, puis les groupes mondiaux (y compris Chinois) assis sur les nouvelles technologies, comme Google, Appel, Facebook, Amazon.

Demain la vie parlementaire démocratique ne sera plus qu’un symbole, sans pouvoir politique réel. Un peu à l’image de ce qu’est le parlement français, sous Macron. Des élus choisis pour leurs « compétences » économiques, des technocrates qui votent d’une seule voix, ou se contentent de voir passer les « ordonnances » du Gouvernement et du Président Macron, lui-même aux ordres des fortunes du CAC 40 c’est-à-dire de la finance dont il est issu par ailleurs. La boucle est bouclée, la finance est directement assise aux manettes du pouvoir, sans intermédiaires.

Il ne suffit plus d’en appeler à la « convergence des luttes », menées çà et là avec plus ou moins d’écho chez les autres salariés du secteur public, avec un secteur privé absent, alors même que la lutte des cheminots pour la défense du secteur public était exemplaire. Les « vieux outils » de la contestation, qui est toujours nécessaire, ne semblent plus être suffisants pour affronter cette nouvelle politique du capital. On ne pourra lutter sans une réelle réflexion collective pour un nouveau projet socialiste capable non seulement de résister mais aussi de proposer une société fondée sur l’implication de tous dans un projet commun et autogestionnaire.


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