Perceval le gallois
Prêtez-moi le coeur et l’oreille car la parole se perd si le coeur n’entend pas.

Comment réaliser la justice sociale dans une conjoncture de crise systémique globale ( écologique, financière, économique, politique, sociale et culturelle ). L’humanité toute entière est concernée et cela doit nous amener à repenser la transition vers un monde postcroissant, posfossile et modifié par le climat.

Les nouvelles trompeuses

Sous le titre « Le ministère de la vérité arrive » Vincent Cheynet dans le journal mensuel « La Décroissance » nous donne dix exemples de nouvelles trompeuses nommées aussi « fausses nouvelles » ou « fake news ». La reproduction de cet article est un appel à soutien et à abonnement.

Article mis en ligne le 10 juin 2018
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Édité depuis 2004 par Casseurs de pub, « le journal de la joie de vivre » constitue l’une de mes références essentielles. Chaque mois, Vincent Cheynet, Bruno Clémentin, Pierre Druilhe, Pierre Thiesset et leurs chroniqueurs (parmi lesquelles François Jarrige, Alain Accardo, Thierry Brulavoine ou Alain Gras) remettent en question les dogmes économiques (dont la sacro-sainte croissance) et les dogmes idéologiques (dont le progrès ou la technologie) de notre époque, avec humour et intelligence. Même si le journal n’est pas menacé de disparition, dans le numéro du mois de décembre 2017, les objecteurs de croissance appellent leurs lecteurs à l’aide en leur proposant d’acheter le journal en kiosque, de s’abonner, d’offrir des abonnements, de faire un don, de faire circuler le journal, etc.
Le comptoir

L’assemblée nationale a été saisie par le groupe majoritaire LRM d’un projet de loi destinée à lutter contre les « fausses nouvelles », terme de substitution à celui de « fake news »plus communément employé (snobisme angliciste ?). La loi a finalement été rebaptisée « loi contre la manipulation de l’information ». Nous pouvons être inquiets par ce texte qui empêchera l’expression grâce à Internet d’opinions qui ne seraient pas validées par le pouvoir et / ou par des instances médiatiques sélectionnées par ce dernier. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, partie intégrante de notre Constitution garantit pourtant cette liberté fondamentale. Françoise Nyssen, ministre de la culture, n’a pas fait mystère du point de vue idéologique qui sous-tend cette initiative gouvernementale, en déclarant publiquement que :

« La capacité de discernement des citoyens ne suffit plus » et qu’il « faut former les citoyens ».

Madame Nyssen entend-elle qu’il faut les « former » à la vérité officielle ? Regis de Castelnau

Le ministère de la vérité arrive [1] par Vincent Cheynet


« Nous allons faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles » a déclaré le président de la République lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier 2018. « Cette loi est une nécessité, compte tenu de l’évolution du rapport à l’information, pour donner aux citoyens la capacité de discerner le vrai du faux », précise son entourage (Le Figaro, 5 février 2018). Mais si le monde « danse sur un volcan », notre société repose sur un mensonge, le premier étant bien évidemment la foi en une croissance (verte) infinie. Prétendre retirer le faux équivaut à enlever le socle sur laquelle elle repose sans qu’elle ne s’effondre. Vincent Cheynet du journal « La décroissance » en propose un petit tour rapide à travers 10 exemples [de cette « contre-véritée officielle »].

1- La croissance (verte) est possible.
« L’idée d’une croissance matérielle infinie dans un monde fini est bien l’utopie la plus folle qu’un esprit humain ait jamais conçu » relève Jean-Claude Michéa. Quelle que soit la couleur avec laquelle on la repeint, la croissance illimitée est bien évidemment impossible. Omniprésente, devenue le fondement même de notre société, cette fausse nouvelle énorme est martelée par tous les médias.

2- La voiture électrique est écologique.
La première voiture à avoir dépassé les 100 Km/h est électrique : la « Jamais contente ». C’était voici bientôt 120 ans (1899). Non seulement la voiture électrique n’a rien d’une « nouveauté » mais elle est tout aussi peu écologique qu’une automobile classique : déperdition énergétique due au stockage d’énergie dans les batteries, matières premières précieuses nécessaires à sa fabrication, déchets toxiques… non seulement son écobilan est désastreux mais surtout elle permet d’éviter de parler du vrai problème : les multiples impasses de la civilisation de l’automobile.

3- Le nucléaire est écologique.
Le nucléaire représente moins de 5 % de la production énergétique mondiale. Il fait en revanche planer un risque inouï pour 100 % de l’humanité. La seule dissémination de déchets radio-actifs pendants des dizaines, des centaines de milliers d’années, contamine chaque jour un peu plus la planète dans des des durées infinies l’échelle humaine. De toute façon, le nucléaire ne peut exister que dans des pays où l’énergie est abondante grâce aux combustibles fossiles.

4- Le numérique dématérialise.
Derrière chaque pixel qui s’allume sur un écran, il y a des ressources bien concrètes : d’abord les minerais pour construire un écran avec son appareillage, et puis des ressources pour produire l’énergie qui l’alimente. La majeure partie des fossiles : charbon, gaz (carbone sous trois états différents), uranium (environ 15 % de production électrique globale), et de manière résiduelle énergie dite « renouvelable ». Conclusion : rien de moins « virtuel » que le monde bien concret appelé de manière trompeuse « dématérialisé »

5- Les médias sont libres et pluralistes et la France est une belle démocratie
Xavier Niel et Pathieu Pigasse : Le Monde ; Patrick Drahi et Bruno Ledoux : Libération ; Serge Dassault : Le Figaro ; François Pinault : Le Point ; Vincent Bolloré : Direct 8 ; Arnaud Lagardère : L’Express… Les grands médias servent les intérêts d’une dizaine de millionnaires et ceux de la société de consommation. Ils formatent l’opinion. Gare à ceux qui dérogent à leur mission : accroître l’accumulation du capital.

6- Le capitalisme va sauver le climat.
Dernière énormité en vogue trompetée au « One planet summit » à l’initiative du président de la République française à Paris fin 2017 et reprise en chœur par tous les grands médias (voir point 5). La cupidité est-elle la cause de la destruction du monde ou la solution ? Ils nous expliquent que la seconde hypothèse est la bonne.

7- La science permet de « changer de sexe »
« La technique permet de surmonter l’obstacle de l’appariement des sexes [2] » affirme le député-maire-avocat-chanteur-journaliste-essayiste Noël Mamère/ « Je suis né homme, c’est peut-être regrettable, mais je ne pourrai jamais changer mes chromosomes. Je pourrais au mieux obtenir un paraître, certes, mais pas un être. Or aujourd’hui, évoquer cette impossibilité – ou cette limite – suffit à se faire accuser d’homophobie » répond le philosophe Dany-Robert [3]. Vouloir faire plier le réel à nos fantasmes, voilà l’expression de toute-puissance infantile des individus produits par le capitalisme libéral. Et certains se pensent même rebelles en soutenant ce type de revendications appuyées, bien sûr, par les grands médias qui mentent.

8- Les énergies renouvelables pourront se substituer aux énergies fossiles.

« Il faut avoir une foi absolue dans les énergies renouvelables », clame le ministre d’État Nicolas Hulot [4] - Les énergies renouvelables représentent moins d’un cinquième de la production énergétique mondiale. Notre monde actuel est le produit d’un apport massif d’énergies fossiles (charbon , pétrole, gaz et un petit peu d’uranium). Ne mentons pas à nos contemporains : aucune relève n’est prête ; la démarche scientifique consiste à regarder la réalité en face, à l’opposé du fanatisme de la « foi absolue ».

9- Lénine était écolo.
« Saviez-vous que la jeune Russie des soviets fut, entre1917 et 1927, le pays du monde le plus avancé en matière d’écologie ? » a-t-on pu lire, le 8 novembre 2017 à l’occasion du centenaire de la révolution russe, dans l’hebdomadaire de la « gauche critique » Politis. Le révisionnisme est une maladie qui ne touche pas que les nostalgiques de l’oncle Adolphe, autant que le déni des limites chez les libéraux. Notre conseil de lecture : Le refus d’obéissance. Écrits sur la révolution de Léon Tolstoï (L’échappée, 2017). Observateur de la révolution de 1905, mort en 1910, Léon Tolstoï avait tout anticipé, c’est à dire la dévastation de la paysannerie russe par les classes supérieures urbaines.

10- « Nous vaincrons la mort [5] »
Il n’y a pas que Jean-Luc Mélenchon pour propager ce mensonge. Tous les prophètes du courant transhumaniste s’emploient à le répandre. Ils sont portés par les grands médias. De Yuval Noah Harari à tous les démiurges de la Silicon Valley, tous nous promettent de « tuer la mort ». La science reléguée à la pensée magique nous permettrait de nous affranchir tant des lois de la biophysique que de notre humanité.

Voilà quelques uns des mensonges qui alimentent notre folle fuite en avant. Plus dure sera la chute

Notes :

[1« Le ministère de la vérité arrive »,La Décroissance, n°147, mars 2018, p. 3

[2Noël Mamère, Éloge du mariage pour tous, L’Esprit du temps, 2013

[3DufourDany-Robert Dufoir, « Des limites en économie, oui, mais ailleurs ? », La Décroissance, n°94, novembre 2012, p. 15

[4Ouest-France, 16 septembre2017.

[5JL Mélenchon, France 2, 12 janvier 2012


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