« Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité » - Saint Augustin

lundi 1er novembre 2010
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Fra Angelico, La conversion de Saint Augustin (détail)

 Confessions, Livre X, Chap XXVII-XXIX

Bien tard je t’ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui, pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas ! Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ; tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi ; j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.
Quand j’aurai adhéré à toi de tout moi-même, nulle part il y aura pour moi douleur et labeur, et vivante sera ma vie toute pleine de toi. Mais maintenant, puisque tu allèges celui que tu remplis, n’étant pas rempli de toi je suis pour moi-même un poids. Il y a lutte entre mes joies dignes de larmes et les tristesses dignes de joie ; et de quel côté se tient la victoire, je ne sais. Il y a lutte entre mes tristesses mauvaises et les bonnes joies ; et de quel côté se tient la victoire, je ne sais.
Ah ! malheureux ! Seigneur, aie pitié de moi. Ah ! malheureux ! voici mes blessures, je ne les cache pas : tu es médecin, je suis malade ; tu es miséricorde, je suis misère. N’est-elle pas une épreuve, la vie humaine sur la terre ? Qui peut vouloir les tracas et les difficultés ? Tu ordonnes de les supporter, non pas de les aimer. Aucun n’aime ce qu’il supporte même s’il aime supporter. Quelle que soit, en effet, la joie qu’on ait de supporter, on préfère pourtant n’avoir rien à supporter. Dans l’adversité, je désire la prospérité ; dans la prospérité, je redoute l’adversité. Quel juste milieu y a-t-il entre les deux, où la vie humaine ne soit pas une épreuve ? Mal¬heur aux prospérités du siècle, une fois et deux fois malheur, parce qu’on y redoute l’adversité et que la joie est corrompue ! Malheur aux adversités du siècle, une fois et deux fois et trois fois malheur, parce qu’on y désire la prospérité, que l’adversité par elle-même est dure et qu’elle risque de briser la patience ! N’est-elle pas une épreuve, la vie humaine sur la terre sans le moindre répit ?
Et mon espérance est tout entière uniquement dans la grandeur immense de ta miséricorde. Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux. Tu nous ordonnes la continence. « Et comme je savais, a dit quelqu’un (Sagesse 8, 21), que nul ne peut être continent si Dieu ne le lui donne, c’est déjà sagesse de savoir de qui vient ce don. » Oui, la continence nous rassemble et nous ramène à l’unité que nous avions perdue en glissant dans le multiple. Car il t’aime moins celui qui aime avec toi quelque chose qu’il n’aime pas à cause de toi. O amour qui toujours brûles et jamais ne s’éteint, ô charité, mon Dieu embrase-moi ! C’est la continence que tu commandes : donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux.

Saint Augustin, Confessions, Livre X, Chap XXVII-XXIX, Trad. E. Tréhorel et G. Bouissou, Institut d’études augustiniennes, 1998.

 Confessions, Livre X

Comme tu nous as aimés, ô Père de bonté, Toi qui n’as pas épargné ton Fils unique Mais l’as livré aux impies que nous étions ! Comme tu nous as aimés ! car c’est pour nous que lui,
Qui sans usurpation se sait ton égal,
S’est soumis jusqu’à mourir sur la Croix, Lui, le seul libre entre les morts !
Il a le pouvoir de déposer sa vie,
Il a le pouvoir de la reprendre,
Il est pour nous devant toi victorieux et victime, Et victorieux parce que victime ; [...] D’esclaves il a fait de nous tes fils,
Né de toi, il s’est fait notre esclave.
C’est avec raison que je mets en lui
le ferme espoir
Que tu guériras toutes mes blessures
Par celui qui siège à ta droite
Et intercède pour nous auprès de toi. [...] Ils sont nombreux et grands mes maux Nombreux et grands, mais plus large est ton remède.
Nous aurions pu penser que ton Verbe était bien loin
De s’unir à l’homme, et nous aurions pu désespérer de nous
s’il ne s’était fait chair et n’eût habité parmi nous.

Saint Augustin, Confessions, Livre X, Chap. XLIII


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