« Seul ce qui est refoulé a besoin d’être symbolisé » - Ernest Jones

lundi 21 juillet 2014
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Pour les besoins de la cause, il n’est pas inutile d’examiner les travaux des auteurs appartenant à l’école dite post-psychanalytique, Adler, Jung, Maeder, Silbe­rer, Stekel, et leurs partisans anglais Eder, Long et Nicoll. Ce qui caractérise les écrivains de cette école, c’est qu’après avoir acquis une certaine connaissance de la psychanalyse ils ont rejeté les notions si durement acquises concernant l’inconscient pour réinterpréter les découvertes psychanalytiques conformé­ment aux données de la psychologie de sur­face de l’époque préfreudienne [...]. La conception du symbolisme a particulièrement souffert de la confusion ainsi créée et elle a été, pour ainsi dire, diluée jusqu’à perdre toute valeur descriptive précise. C’est ainsi que Jung fait constamment usage du terme « libido-sym­bole », mais comme la libido n’est pour lui que l’équivalent de l’énergie psychique sous n’im­porte quelle forme et qu’il applique le terme symbole à toutes les formes de représentation indirecte, il en résulte que le terme « libido-symbole » signifie tout simplement « un quel­conque processus mental mis à la place d’un autre ». Il n’hésite pas à employer le mot « sym­bole » dans un sens exactement contraire à celui que lui attache la psychanalyse.

Une alliance est un emblème du mariage, non un symbole du mariage. Lorsqu’un homme cour­tise une femme, il lui offre des présents tels que bracelets, broches et plus tard une bague de fiançailles, présents qui, par la propriété qu’ils possèdent de retenir l’objet (doigt, bras) qu’on y introduit, apparaissent comme des symboles inconscients de l’organe sexuel féminin. Lors du mariage, l’homme donne à la femme un des symboles les plus parfaits de ce genre, un simple anneau en or, en échange du don complet de ce que cet anneau symbolise. La cérémonie exprime un groupe d’idées abstraites, comme la fidélité, la continuité, etc., auxquelles l’anneau se trouve maintenant associé et dont il peut servir d’em­blème, mais jamais de symbole.

Les modes de penser symboliques sont les plus primitifs, tant au point de vue ontogénétique que phylogénétique, et représentent une rêversion vers des phases d’évolution mentale plus ancienne. Cette réversion est par conséquent favorisée par certains états tels que la fatigue, l’engourdissement, la maladie, la névrose, la folie, mais on l’observe surtout dans les rêves lorsque la vie mentale consciente se trouve réduite au minimum. C’est ainsi qu’un homme fatigué préfère généralement, plutôt que lire, feuilleter un illustré qui lui présente les idées sur un plan sensoriel.

L’expérience psychanalytique révèle que les idées se rattachant aux côtés les plus élémen­taires de la vie, les seules qui puissent être sym­bolisées (notamment celles concernant le soi corporel, les relations avec la famille, la nais­sance, l’amour et la mort), gardent dans l’in­conscient leur importance primitive toute la vie durant. [ ...] N’est symbolisé que ce qui est refoulé et seul ce qui est refoulé a besoin d’être symbolisé. Cette conclusion doit être regardée comme la pierre de touche de la théorie psy­chanalytique du symbolisme.

Les attributs typiques du symbolisme vrai, tels qu’ils ressortent de la description qu’en ont donnée Rank et Sachs, sont les suivants : 1° le symbolisme vrai sert à représenter des maté­riaux inconscients ; 2° un symbole vrai possède une signification constante ou ne variant que dans des limites très étroites ; 3° il ne dépend pas des seuls facteurs individuels ; 4° il est sujet à une évolution en rapport avec celle de l’indi­vidu et de la race ; 5° il existe des liens linguis­tiques entre le symbole et l’idée symbolisée ; 6° on trouve des parallèles phylogénétiques du symbolisme dans l’existence individuelle des mythes, cultes et religions.

Ernest Jones, Théorie et pratique de la psychanalyse , Trad. A. Stronck, Payot