« Je représente par une image la chair visible de Dieu » - Jean Damascène

mercredi 10 novembre 2010
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« Je ne me prosterne pas devant une créature en plus du Créateur, mais je me prosterne devant le Créateur qui m’a créé tel que je suis, qui s’est abaissé vers sa création sans humiliation ni dégradation, afin de glorifier ma nature et de la faire participer à la nature divine. Et en même temps que le roi et le Dieu, je vénère aussi l’habit de pourpre de son corps, qui n’est ni un vêtement ni une quatrième personne (à Dieu ne plaise !), mais qui a été reconnu et rendu semblable à Dieu, par l’onction, sans changement ; car la nature de la chair n’est pas devenue divinité mais, de même que le Verbe s’est fait chair sans être transformé, en demeurant ce qu’il était, ainsi la chair s’est faite Verbe sans perdre ce qu’elle était, mais plutôt en étant identifiée au Verbe selon l’hypostase.
Voilà pourquoi je n’ai pas honte de représenter par une image le Dieu invisible non pas en tant qu’invisible, mais en tant qu’il est devenu visible à travers nous par la participation à la chair et au sang. Je ne me représente pas par une image la divinité invisible, mais je représente par une image la chair visible de Dieu. En effet, s’il est impossible de représenter l’âme par une image, ne l’est-il pas plus encore de représenter Dieu, qui a donné à l’âme aussi son caractère immatériel ? » (I, 4)

II - « Autrefois, Dieu, incorporel et sans contours, n’était absolument pas représenté. Mais aujourd’hui, puisque Dieu a été vu dans la chair et qu’il a vécu parmi les hommes, je représente ce qui est visible de Dieu.
Ce n’est pas devant la matière que je me prosterne, mais devant le créateur de la matière, qui est devenu matière pour moi, qui a accepté de vivre dans la matière et qui a fait mon salut   par la matière. Je ne cesserai pas de respecter la matière par laquelle mon salut   a été fait. Mais je ne la vénère pas comme un dieu - allons donc ! Comment, en effet, ce qui a reçu l’existence du néant pourrait-il être dieu ? [...]
N’insulte pas la matière, car elle n’est pas indigne. Rien en effet n’est indigne, qui vient de Dieu. C’est là l’opinion des manichéens. N’est indigne que ce qui ne tient pas sa cause de Dieu, mais que nous avons inventé en glissant volontairement de ce qui est conforme à la nature vers ce qui est contre nature, et en laissant dévier notre volonté : c’est-à-dire le péché. » (I, 16)

III - « Je me prosterne devant l’image du Christ en tant que Dieu fait chair, je me prosterne devant celle de la Mère du Fils de Dieu, et devant celle des saints en tant qu’amis de Dieu, parce qu’ils ont résisté au péché jusqu’au sang, ont imité le Christ en versant leur sang pour celui qui avait auparavant versé son propre sang pour eux et se sont comportés en suivant sa trace. Je place devant mes yeux l’image de leurs belles actions et de leurs souffrances, car par elles je suis sanctifié et oint, et désire les imiter. Et j’agis ainsi avec respect et vénération, « car l’honneur rendu à l’image remonte au prototype » (Saint Basile, Traité du Saint-Esprit  , 45). » (I, 21)

IV - « D’une façon presque égale au signe de la Croix, honorable et vivifiante, les vénérables et saintes images sont consacrées : [...] tout le temps qu’ils ont vu au moyen de l’impression dans l’icône, tout ce temps-là ceux qui regardent les icônes sont conduits vers le souvenir et le désir des prototypes. Attribuer aux icônes baiser et prosternation d’honneur : non pas la vraie adoration selon notre foi, qui convient à la seule nature divine, mais selon le mode qui vaut pour le signe de la Croix, honorable et vivifiante, pour les saints Évangiles et les autres objets de culte sacrés. [...] L’honneur rendu à l’un atteint le prototype (saint Basile) et celui qui se prosterne devant l’icône se prosterne devant l’hypostase de celui qui est inscrit en elle. »

Jean Damascène, « Discours contre ceux qui rejettent les images saintes » In Le visage de l’Invisible, Trad. A.-L. Darras Worms, Migne, 1994


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