« Être un homme, c’est se sentir une partie de l’ensemble » - Alfred Adler

lundi 21 juillet 2014
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Je voudrais faire ressortir que la vie de l’âme humaine ne se dépeint pas par le verbe « être » mais par le verbe « deve­nir ». Tous ceux qui se sont obstinés à faire res­sortir des fragments, des complexes à l’intérieur de cette vie de l’âme, n’ont pas beaucoup pro­gressé, étant donné qu’ils estiment qu’il s’agit là d’une sorte de machine. Dans chaque orga­nisme vivant qui tend vers une forme idéale, nous trouvons la vie psychique se frayant un chemin qui la mène au triomphe sur les diffi­cultés. [ ... ]

La solution de ces questions ne s’obtiendra pas comme celle d’un problème de mathématiques. Je sais qu’elles peuvent être résolues correc­tement, mais je sais aussi qu’elles peuvent être résolues de façon erronée. Je voudrais faire ici une remarque marginale, dont le but est d’atti­rer votre attention sur le fait que nous ne pou­vons pas nous attendre à une solution absolument correcte. Ce ne peut être qu’un effort en vue d’atteindre, pour chacun et pour tous, un but où l’unité du genre humain appa­raît sauvegardée. Ce que nous appelons « bon » est bon eu égard à son utilité pour l’ensemble des hommes, ce que nous nommons « beau » ne l’est que de ce point de vue également ; à ce point la notion de la société est-elle enracinée dans le langage et dans les idées. Nous retrou­verons toujours, dans toutes les formes d’ex­pression de l’individu et de la masse, comment elles se placent vis-à-vis de la question de la communauté. Personne ne peut sortir de ce cadre. La façon dont chacun s’y meut est sa propre réponse. Si les solutions justes ne se réalisent que par rapport à la communauté, il est compréhensible qu’à l’intérieur de la sphère des relations humaines, il se produise des résis­tances lorsque quelqu’un répond d’une façon erronée. Cette particularité atteint toujours celui qui n’est pas étroitement uni à la communauté, qui ne se sent pas une partie du tout, qui n’est pas chez lui à l’intérieur de l’humanité. Il ne doit pas seulement compter sur les avantages qui lui sont offerts par la civilisation mais aussi avec les inconvénients, les envisager comme le concer­nant et les accepter tels quels.

Ce que nous nommons l’intérêt pour la géné­ralité n’est qu’un côté de l’union étroite avec les autres, ce que nous appelons courage est ce rythme qu’a en lui un individu et qui lui per­met de se sentir un élément de l’ensemble. Nous ne devons pas être induits en erreur lorsque nous prenons en considération la moyenne de l’évolution actuelle et que nous voyons tout ce qui manque encore. Cela nous impose de nou­veaux devoirs pour notre devenir. Nous ne devons pas ressentir notre existence comme une essence, nous ne devons pas nous com­porter comme quelque chose de statique, ni prendre une position belliqueuse contre l’aspi­ration à l’évolution ; il est nécessaire que nous considérions les difficultés comme des pro­blèmes dont la solution est exigée de nous, qui nous incitent à un optimisme actif. Seuls ont pu avoir voix au chapitre dans l’histoire de l’hu­manité ceux qui étaient animés d’un optimisme actif, ils étaient les représentants de l’évolution et le seront ; tous les autres, en réalité, ne sont pas vraiment à leur place, ils retardent la marche de l’évolution. Ils ne peuvent pas ressentir en eux le sentiment de bonheur comme l’ont ceux qui coopèrent sciemment à la marche du temps. Le sentiment de la valeur provient également de l’union étroite avec le tout et de la partici­pation à l’action du temps. Ces conclusions pro­viennent des observations de la psychologie individuelle, et elles sont le fruit d’un long tra­vail. Être un homme n’est pas seulement une façon de parler, c’est être une partie de l’en­semble, se sentir une partie de l’ensemble. Le fait qu’encore actuellement tant de gens man­quent cette voie tient à l’erreur de leur per­sonnalité. Celui qui est arrivé à saisir la connexion des faits sociaux ne renoncera pas dorénavant à se plonger dans le courant qui progresse vers le bien de la société.

Alfred Adler, L’enfant difficile, In Technique de la psychologie individuelle comparée, Trad. H. Schaffer, Payot