« Ce n’est que par l’hypnose que les souvenirs resurgissent » - Hystérie

mardi 15 juillet 2014
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Il est généralement nécessaire d’hypnotiser les malades et de les réveiller ensuite pendant l’hypnose, les souvenirs de l’époque où le symptôme fit sa première apparition. C’est ensuite seulement que l’on réussit à établir de la façon la plus nette et la plus convaincante le rapport en question. [...] À notre très grande surprise, nous découvrîmes, en effet, que chacun des symptômes hystériques disparaissait immédiatement et sans retour quand on réussissait à mettre en pleine lumière le souvenir de l’incident déclenchant, à éveiller l’affect lié à ce dernier et quand, ensuite, le malade décrivait ce qui lui était arrivé de façon fort détaillée et en donnant à son émotion une expres­sion verbale. Un souvenir dénué de charge affec­tive est presque toujours totalement inefficace. Il faut que le processus psychique originel se répète avec autant d’intensité que possible, qu’il soit remis in statum nascendi, puis verbalement traduit. S’il s’agit de phénomènes d’excitation : crampes, névralgies, hallucinations, on les voit, une fois de plus, se reproduire dans toute leur intensité pour disparaître ensuite à jamais. Les troubles fonctionnels, les paralysies, les anes­thésies disparaissent également, naturellement, sans que leur recrudescence momentanée ait été perçue. [ ... ]

Il faut cependant souligner, comme un fait remar­quable dont il y aura lieu de se servir, que ces souvenirs, contrairement à bien d’autres, ne sont pas tenus à la disposition du sujet. Tout au contraire, la mémoire des malades ne garde nulle trace des incidents en question ou alors ne les conserve qu’à l’état le plus sommaire. Ce n’est qu’en interrogeant des patients hypnoti­sés que ces souvenirs resurgissent. [ ...]

Nos expériences nous ont montré que les phé­nomènes hystériques découlaient de trauma­tismes psychiques. Nous avons déjà parlé des états anormaux du conscient dans lesquels se produisaient ces représentations pathogènes et avons été forcés de souligner que le souvenir du traumatisme psychique actif ne pouvait se découvrir dans la mémoire normale du malade mais seulement dans celle de l’hypnotisé. En étudiant de plus près ces phénomènes, nous nous sommes toujours davantage convaincus du fait que la dissociation du conscient, appe­lée « double conscience » dans les observations classiques, existe rudimentairement dans toutes les hystéries. La tendance à cette dissociation, et par là à l’apparition des états de conscience anormaux que nous rassemblons sous le nom d’états « hypnoïdes », serait, dans cette névrose, un phénomène fondamental. [...]

Lorsque ces états hypnoïdes ont déjà précédé la maladie manifeste, ils fournissent le terrain sur lequel l’affect va édifier le souvenir patho­gène avec ses conséquences somatiques. Ce fait correspond à une prédisposition à l’hysté­rie. Mais nos observations montrent qu’un trau­matisme grave (comme celui d’une névrose traumatique), une répression pénible (celle de l’affect sexuel, par exemple) peuvent provoquer, même chez un sujet normal, une dissociation des groupes de représentations et c’est en cela que consisterait le mécanisme de l’hystérie psy­chiquement acquise. Il faut tenir compte du fait qu’entre les cas extrêmes de ces deux formes, il existe toute une série de représentations au sein desquelles la facile production d’une dis­sociation, chez un sujet donné, et l’importance de la charge affective du traumatisme varient en sens inverse. [...]

On comprend maintenant pour quelle raison le procédé psychothérapeutique que nous venons de décrire agit efficacement. Il supprime les effets de la représentation qui n’avait pas été primitivement abréagie, en permettant à l’af­fect coincé de celle-ci de se déverser verbale­ment ; il amène cette représentation à se modifier par voie associative en l’attirant dans le conscient normal (sous hypnose légère) ou en la suppri­mant par suggestion médicale, de la même façon que, dans le somnambulisme, on supprime l’amnésie.

Joseph Breuer et Sigmunf Freud, « Communication préliminaire » In Études sur l’histérie, Trad A. Berman, PUF